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vendredi 14 mai 2010

Terrorisme: la riposte du président malien

Alors que les enlèvements d'Occidentaux se multiplient dans le Sahel, Amani Toumani Touré défend la politique de son pays.

Le président malien Amadou Toumani Toure

Terrorisme: la riposte  du président malien

REUTERS/Eric Feferberg

"J'en ai assez que le territoire malien soit, en permanence, violé par les terroristes et les trafiquants!" Dans son palais de Koulouba, il fulmine, le président du Mali, Amani Toumani Touré, surnommé ATT. Vingt-six otages occidentaux ont été enlevés au Sahel et dans le Sahara. Le 19 avril dernier, encore, un Français et son chauffeur algérien ont été pris dans le Nord du Niger. "Pas un seul otage n'a été enlevé au Mali", insiste ATT. Pourtant, c'est le Mali qui est montré du doigt.

En février, la Mauritanie et l'Algérie ont rappelé leurs ambassadeurs pour protester contre la libération par le Mali de quatre combattants d'Al-Qaeda au Maghreb (AQMI) en échange d'un otage français, Pierre Camatte. "Ces hommes n'avaient commis aucun acte répréhensible sur notre territoire, répond le chef de l'Etat. C'était la moins mauvaise solution."

Lourde contribution

Aussi étendue que le territoire français et jouxtant de nombreux Etats en proie au terrorisme (Algérie, Mauritanie, Niger), la région du Nord est devenue un sanctuaire pour toutes sortes de trafics : cigarettes, drogue, armes, émigrés clandestins et, plus récemment, otages occidentaux. "Le Mali n'est pas pris pour cible par les terroristes mais nous savons que ces derniers circulent dans le désert", reconnaît ATT.

Partisan d'une collaboration étroite entre les armées de la région pour traquer les preneurs d'otages et les contrebandiers, le Mali a déjà payé une lourde contribution : 44 de ses soldats ont été tués en mission. Sa tentative, il y a deux ans, d'organiser une conférence de tous les chefs d'Etat de la région afin de mieux coordonner la lutte antiterroriste en permettant notamment aux forces de sécurité le franchissement des frontières est restée lettre morte. "Ma porte est ouverte, lance le président malien. Dès qu'ils le souhaitent, je peux les recevoir à Bamako."

En attendant, une cellule antiterroriste siégeant directement au Palais devrait être mises en place. "Le Nord Mali a été complètement démilitarisé. Pour que l'aide internationale puisse y parvenir et y rester, il faut commencer par recréer une logistique", explique un initié.

Christine Holzbauer

lexpress.fr

samedi 17 avril 2010

Les ex-otages italiens vont bien, Aqmi détient toujours deux Espagnols

La branche maghrébine d'Al-Qaïda, qui a libéré vendredi un couple d'Italiens qu'elle séquestrait depuis quatre mois dans le désert du nord du Mali, négocie toujours les conditions de la libération de ses deux derniers otages, des Espagnols enlevés fin novembre en Mauritanie.

La branche maghrébine d'Al-Qaïda, qui a libéré vendredi un couple d'Italiens qu'elle séquestrait depuis quatre mois dans le désert du nord du Mali, négocie toujours les conditions de la libération de ses deux derniers otages, des Espagnols enlevés fin novembre en Mauritanie.

Les deux Italiens libérés vendredi après-midi quelque part dans le désert malien, ont été officiellement reçus samedi après-midi à Bamako par le président malien Amadou Toumani Touré, a constaté un photographe de l'AFP. Ils devaient ensuite être acheminés directement vers l'Italie.

Sergio Cicala, Italien de 65 ans, et sa femme Philomène Kabouré, 39 ans, de nationalité italo-burkinabé, "se portent tous les deux bien, mais visiblement la femme a mieux supporté la captivité que l'homme", avait auparavant déclaré à l'AFP une source sécuritaire malienne.

Le couple avait été capturé le 18 décembre dans le sud-est de la Mauritanie, alors qu'il se rendait au Burkina Faso à bord d'un minibus immatriculé en Italie. Leurs ravisseurs les avaient ensuite cédés à un groupe d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dans le nord du Mali.

Selon une source proche de la présidence du Burkina Faso, les deux otages sont "restés durant toute leur détention dans le désert malien mais ils se déplaçaient".

Leur sort avait suscité d'autant plus d'inquiétudes qu'ils étaient aux mains d'Abou Yaya Hamane, un lieutenant de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, responsable de l'assassinat d'un otage britannique en juin 2009.

La cellule de crise installée à la présidence malienne a soutenu, comme à son habitude, qu'"aucune rançon" n'avait été versée" pour cette remise en liberté. "Nous avons fait intervenir les chefs des tribus du nord qui ont joué un rôle important", a dit à l'AFP un officiel au palais présidentiel.

Le médiateur malien qui avait négocié la remise en liberté de l'otage français Pierre Camatte, en février, est de nouveau intervenu.

En échange de la libération des Italiens, les ravisseurs avaient initialement demandé non seulement la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali - effectivement relâchés le 22 février - mais aussi la sortie de prison de combattants détenus en Mauritanie.

Mais début mars, le Premier ministre mauritanien, Moulaye Ould Mohamed Laghdhaf, avait affirmé: "Il n'y aura pas de négociations avec ces groupes terroristes et il n'y aura pas d'échange de qui que ce soit contre qui que ce soit". Depuis, aucune libération d'islamistes n'a été annoncée en Mauritanie.

A présent, les islamistes armés retiennent toujours deux Espagnols - Albert Vilalta et Roque Pascual - enlevés le 29 novembre 2009 en Mauritanie, pour lesquels une forte rançon a été réclamée, selon une source proche du dossier.

Ces deux membres de l'ONG Barcelona Accio Solidaria sont détenus par l'un des émirs d'Aqmi, l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, alias Belawar, selon des sources concordantes.

Le directeur de l'ONG des deux Espagnols, Francesc Osan, a jugé que la libération des Italiens était une "bonne" nouvelle en soi. Mais il s'est étonné "que le Français et les Italiens aient été libérés alors qu'ils étaient plus ou moins dans la même situation" que les deux Espagnols.

M. Osan a indiqué à l'AFP n'avoir "aucune" nouvelle de ses deux compagnons, sinon des informations de caractère "général" à savoir que les otages "vont bien" et que le gouvernement espagnol "travaille" à leur libération.

Une source proche de la présidence burkinabè a assuré à l'AFP: "Il y a beaucoup d'espoir pour les Espagnols. Le plus dur, c'était avec l'autre groupe (qui détenait les Italiens). Leur libération n'est qu'une question de temps".

© 2010 AFP

vendredi 16 avril 2010

Un couple d'Italiens libéré par Al-Qaïda après 4 mois de captivité

Sergio Cicala et sa femme Philomène Kabouré, otages d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, entourés d'hommes armés sur une photo diffusée le 30 décembre 2009


BAMAKO — Un couple d'Italiens, retenus en otage depuis près de quatre mois par un groupe d'islamistes armés de la branche maghrébine d'Al-Qaïda, a été libéré vendredi dans le nord du Mali, a-t-on appris de source officielles, malienne et italienne.

"Le couple d'Italiens a été libéré" sur le territoire malien, a annoncé à l'AFP une source au sein du gouvernorat de Gao (1.200 km au nord de Bamako), sous couvert d'anonymat. "Une patrouille de notre armée vient de les récupérer, ils se portent bien", a ajouté cette source.

Puis le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a confirmé l'information, depuis Rome. "Effectivement, ils sont entre les mains des autorités maliennes, d'officiers des services de renseignement et de police qui les raccompagnent vers un lieu sûr", a-t-il dit, sur la chaîne de télévision publique Rai Uno.

Les autorités ont attendu que les otages aient quitté la "zone d'insécurité" du nord du Mali pour faire état de leur libération.

Sergio Cicala, Italien de 65 ans, et sa femme Philomène Kabouré, de nationalité italo-burkinabé, 39 ans, avaient été capturés le 18 décembre dans le sud-est de la Mauritanie, près de la frontière malienne.

Leurs ravisseurs les avaient ensuite cédés à un groupe d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dans le nord du Mali.

Aqmi libère chaque mois, depuis février, des otages détenus dans le désert malien: un Français avait ainsi été remis en liberté le 23 février, puis une Espagnole le 10 mars.

Mais les islamistes armés retiennent toujours deux hommes de nationalité espagnole, capturés fin novembre en Mauritanie. Ces deux membres de l'ONG Barcelona Accio Solidaria seraient détenus par l'Algérien Moctar Ben Moctar, selon une source malienne proche du dossier.

De son côté, le couple d'Italiens était retenu par Abou Yaya Hamane, un lieutenant de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd responsable de l'assassinat, en juin 2009, d'un otage britannique.

Dans un appel diffusé sur internet le 28 février, l'otage Sergio Cicala avait lu un message demandant au gouvernement de Sergio Berlusconi de faire des "concessions" pour obtenir sa libération et celle de sa femme.

En échange de la libération du couple, les ravisseurs avaient initialement demandé non seulement la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali - effectivement relâchés le 22 février - mais aussi la sortie de prison de combattants détenus en Mauritanie, selon une source malienne proche du dossier.

Début mars, le Premier ministre mauritanien, Moulaye Ould Mohamed Laghdhaf, avait catégoriquement rejeté l'idée d'un tel "échange". Le chef du gouvernement mauritanien avait affirmé: "Il n'y aura pas de négociations avec ces groupes terroristes et il n'y aura pas d'échange de qui que ce soit contre qui que ce soit, avec les preneurs d'otages (...) autrement, on n'en finira jamais".

Depuis, aucune libération d'islamistes n'a été annoncée en Mauritanie.

"Cette libération des deux Italiens est le fruit d'intenses efforts menés sous la direction du président de la République, Amadou Toumani Touré", a simplement assuré à l'AFP la source au gouvernorat de Gao, sans dévoiler le contenu des tractations.

Le chef de la diplomatie italienne a également évoqué "un intense travail diplomatique qui a porté les autorités du Mali à faire les actions décisives pour arriver à cette solution".

M. Frattini a rendu hommage à la "grande collaboration des autorités sur place" et rappelé avoir rendu visite, ces derniers mois, aux "présidents du Mali et de la Mauritanie". "Nous avons dû travailler pendant de longs mois au cours de négociations politiques et diplomatiques très complexes", a-t-il dit.

Dans un communiqué diffusé à Paris, le ministère français des Affaires étrangères a rendu "hommage à l'action de tous ceux grâce auxquels la captivité infligée à ce couple de ressortissants européens a pu cesser".


vendredi 2 avril 2010

La Situation politique et sécuritaire au Nord : Enquêtes sur le terrorisme sahelo-saharien : Au cœur de l’empire salafiste

En 1996 et 1997, la guerre contre le FIS fait rage en Algérie. Elle provoque « l’hégire » des jihadistes par le Sud du pays. Or le « Sud de l’Algérie, c’est le Nord du Mali et l’Ouest d’un second. » La boutade du président malien correspond à la « Zone 9 » du GSPC qui va du Sud Algérien aux Nord du Niger, de la Mauritanie et du Mali. Indésirable à Alger, la « première colonne » des Islamistes étrenne le Tanezrouft, le Tamesna, l’Adrar et l’Akla, ces vastes régions de sable et d’ergs entre le Mali, le Niger, la Mauritanie et l’Algérie, où le jour est un four, la nuit un congélateur et l’eau un trésor. D’ailleurs, seuls y vivent quelques ménages nomades côtoyant, selon les saisons, les groupes caravaniers et de téméraires contrebandiers de cigarettes.

Cap sur un no man’s land

Les contreforts de l’Adrar et les dunes de l’Akla sont aussi imprenables que Tora-Bora sur lesquels les hôtes jettent leur dévolu. On les rencontre peu mais le téléphone arabe marche. Les villes de Tombouctou, Kidal et Gao s’animent des récits grossis ou fidèles
« d’Algériens barbus qui s’installent de plus en plus ». Un caravanier berabiche se souvient : « les gens de ma tribu, rencontreront quelques fois Belmokhtar, un commerçant de véhicules 4x4 ». Retenons ce nom, on entendra de plus en plus! Un ancien humanitaire de la Région de Gao assure également « avoir entendu parler, en avril 1997, d’une escarmouche entre un convoi d’islamistes algériens et une patrouille de la garnison de Tarkint », un poste sécuritaire entre Gao et Kidal.

L’accrochage ayant fait un mort du côté des salafistes, ceux-ci évitent, dès lors, le voisinage des garnisons militaires. Ce qui n’est pas la mer à boire : le désert saharien est vaste et le deal est bon pour tout le monde. L’armée d’abord : elle ne peut pas surestimer sa force de frappe, au sortir de la rébellion du Nord en 1995. Les barbus ensuite : ils ne sont pas là pour faire mal à leurs hôtes, leur « problème c’est le pouvoir algérien ». « En 2001, on peut les voir en nombre vers Inkalil », site malien faisant frontière avec l’Algérie, selon un notable de Kidal qui poursuit : « ils sont, à l’époque, décrits comme « ceux qui ont été privés de leur victoire électorale en Algérie ». Ces barbus, d’ailleurs, sont « des gens sympas » commente le caravanier arabe : « ils font leurs prières, vous saluent cordialement quand ils vous rencontrent. Et ils ont horreur d’exploiter ». Il n’est pas le seul à le penser : « quand ces gens vous achètent une chamelle, vous avez de l’argent pour plusieurs mois. Rien à voir avec les prix abaissants des marchés locaux », trouvent à dire plusieurs ressortissants de Tombouctou et Kidal.

Les otages allemands font des petits

Les hôtes marquent un point : leur réputation de musulmans honnêtes et charitables les précède. Un enfant dans le campement a t-il une rage de dents ? Les salafistes se portent à son secours. Peut-être un ou deux cachets de paracétamol, mais c’est un élixir rare dans ces bleds perdus qui n’ont jamais reçu la visite d’un médecin. Tout ce qu’ils peuvent faire pour rassurer et conquérir la population, ils le font. A partir de 2003, leur présence dans le Sahara non algérien devient un secret de polichinelle. Cette année-là,
Abderrazak el Para est à la « une » de tous les médias. Il garde au Nord-Mali des otages parmi les trente-deux touristes enlevés quelques mois plus tôt en Tunisie. Quatorze d’entre eux, - neuf Allemands, quatre Suisses, un Néerlandais- seront libérés le 18 août de la même année. Contre paiement d’une forte rançon ? Probable. Bonn dément, mais les médias allemands avancent le montant de 4 millions et demi d’Euros. Cinq millions d’Euros, affirme dans ses auditions, El Para pris en filature par la CIA et arrêté au Tchad le 16 mars 2004 avant d’être remis à Alger.

L’entremise de deux négociateurs maliens pour sauver la vie des otages et servir de relais entre la nébuleuse terroriste et les gouvernements du Mali et ceux des pays concernés par les kidnappings, se révèle précieuse. Il s’agit d’Iyad Ag Ali, ancien chef rebelle touareg et de Baba Ould Choueickh, un commerçant pour qui le désert n’aurait pas de secret. Efficaces et discrets, ils seront sollicités dans toutes les négociations ultérieures concernant les otages. Pour les méchantes langues jalouses de leurs succès, ils font plus partie du problème salafiste que de sa solution. Allusion à leurs cachets que personne n’a vus mais qui « font des enlèvements un marché juteux et pas que pour les émirs salafistes », entend-on souvent dans le milieu. De là à penser que les négociateurs font tout pour ne pas « chômer »…

En tout cas, la glorieuse épopée des « touristes allemands » n’est pas restée sans enseignements pour le GSPC. Celui-ci, on le sait par les services algériens, tire la langue et est minée par des querelles intestines. Belmokhtar saisit l’opportunité puisqu’ il revendique, en mars 2008, la détention de deux touristes autrichiens enlevés eux aussi en Tunisie et libérés en avril 2009 Sûrement pas sur des considérations humanitaires. Mais Aqmi n’est pas une nébuleuse pour rien : il lui faut rester flou dans son organisation et dans ses activités. Elle n’annonce jamais avoir perçu de rançons. Et ceux qui sont soupçonnés de les avoir payées démentent toujours, la main sur le cœur. Reste qu’aux Autrichiens, succèdent les Canadiens, les Suisses, le Français Camatte, et depuis peu deux Espagnols et un couple italien. On ne fait pas cela juste pour s’amuser ! Surtout que la logistique des enlèvements ne peut pas être simple. Ils se font toujours très loin de la base de repli des terroristes, assurent des observateurs avertis dont ce fonctionnaire à la retraite qui a traîné longtemps sa bosse dans les trois régions nord du Mali.

Une internationale de la rançon ?

L’industrie du rapt, commente t-il, commence par le renseignement sur la présence d’occidentaux dans le périmètre des opérations. Exemple : « il y a des touristes à telle distance et à telle position ». La révolution du GPS permet désormais de le savoir au millimètre près et celle du téléphone « Thuraya » d’en informer à temps réel qui de droit. Entrent alors en scène, les gros bras, enturbannés ou cagoulés, armés jusqu’aux dents, précis et rapides. Selon le journaliste catalan Alex Recolons qui accompagne en décembre dernier la caravane humanitaire entre Nouhadibou et Nouakchott et qui vient de boucler un séjour d’un mois à Bamako attendant la libération de ses compatriotes aux mains d’Aqmi, l’enlèvement des trois Espagnols a duré « quelques petites minutes pas plus ».

Le temps pour un membre du convoi de « s’apercevoir que la voiture manquante ne répond plus au système Radio qui reliait toutes les voitures de la caravane et de retourner immédiatement sur ses pas la chercher et trouver la voiture de Marquez en plein milieu de la route, toutes portières ouvertes et sans ses trois occupants ». Ceux qui enlèvent sont-ils ceux qui vendent directement à Al Qaeda ? « Sans doute non, les bases salafistes ne sont pas ouvertes à n’importe qui », affirme l’ancien fonctionnaire. C’est aussi l’avis des « services ». Mais encore une fois, une nébuleuse, c’est pour ne pas voir clair. Par contre, pour les communautés nomades, il existe une mercuriale du rapt. Le prix d’achat d’un otage dépendrait de sa nationalité. Les Américains et les Britanniques, c’est bien idéologiquement de les détenir mais peu rémunérateur de les enlever. Leurs pays ne les rachetant jamais, Belmokhtar ou Abuzeid les achètent pour des « miettes ».

Les plus rentables seraient les Allemands, les Suisses, les Autrichiens. Malheureusement pour les acteurs de cette nouvelle traite, ces nationalités sont aujourd’hui une espèce en voie d’extinction sur la « route du sel » ou des festivals dunaires. Les ambassades occidentales déconseillent formellement le tourisme dans ces régions dangereuses.
Isolez donc leurs intermédiaires, revendeurs ou informateurs, en somme leurs hommes de main, et vous isolez Aqmi ! C’est à cette stratégie que travaillent les forces de sécurité de la Région. C’est ainsi qu’arrêté le 22 décembre, le Malien Abderrahman Ould Meddou est présenté au juge à Nouakchott pour « avoir coordonné l’enlèvement » du couple italien Cicala, deux jours plus tôt. Il aurait reconnu, selon la presse locale corroborée par des sources mauritaniennes proches du dossier, avoir reçu un paiement de dix millions cfa par Aqmi. Son contrat avec la nébuleuse : suivre « la cible et informer ». Même chose pour « Oumar Sahraoui », un des présumés cerveaux de l’enlèvement des otages espagnols, deux semaines avant celui des Italiens : il a été présenté mi-mars à la justice mauritanienne avec six autres suspects. Côté malien où ce genre d’informations est généralement confidentiel, les « services » le 3 février dernier du redoutable criminel Ould Acheibany pour homicides volontaires et divers actes crapuleux dont, possiblement, la complicité dans l’enlèvement d’otages.

Divergences entre Etats

L’ancien GSPC devenu Aqmi en 2007 frappe où il peut. Il est particulièrement intraitable sur la Mauritanie où il signe plusieurs attaques dont celle de Tourine le 14 septembre 2008 avec son effroyable bilan de onze militaires et d’un civil tous égorgés. Mais depuis, Nouakchott est monté en puissance. En fin 2009, de sources sécuritaires, vingt-cinq terroristes présumés sont en détention dans les prisons mauritaniennes. Beaucoup d’entre eux sont présentés devant les caméras. Pas du menu fretin : il y a par exemple Abou Jendal le chef de l’une des huit cellules jihadistes mauritaniennes commandées par Belmokhtar. L’homme est arrêté avec six de ses acolytes.

L’attaque de Tourine « c’est lui ». Mais six éléments de son commando sont en cavale dont le négro mauritanien Cheick Ba et Beib Ould Nafa, le salafiste dont la libération par la justice malienne le 18 février dernier heurte Nouakchott au plus haut point. « Bamako a refusé de l’extrader ». De son côté, Bamako réfute : « les Mauritaniens ne sont même jamais venu voir le suspect, à fortiori demander son extradition. Par contre, ils ont obtenu que leur soient remis, le 19 février 2008 quatre suspects tous arrêtés dans le quartier résidentiel de Faladié à Bamako en 2007». S’il dit avoir bon dos, le pays d’ATT se fâche d’être traité de ventre mou de la lutte contre le terrorisme. « Voilà un problème qui nous vient d’ailleurs et dont nous nous serions volontiers passés », rappelle souvent ATT sur la défensive.

Pourtant, pour parler du dernier casus belli entre le Mali et ses voisins algérien et mauritanien, un diplomate dans la capitale malienne commente : « Bamako ne convainc pas en tentant de dissocier la libération des quatre salafistes de l’affaire Camatte ». « Depuis 2005 nous avons arrêté une trentaine de terroristes présumés », se défend le Mali. En avril 2002 en effet, de source militaire, un accrochage a lieu entre Aqmi et l’armée malienne. Et en 2006, avec l’appui américain, et sous les applaudissements d’Alger, les forces de sécurité malienne traquent Belmokhtar. Celui-ci devra son salut à la chance et l’embuscade à laquelle il échappe tue plusieurs de ses hommes. En 2009, au moins deux affrontements au bilan élevé de part et d’autre ont lieu entre Aqmi et l’armée malienne, rappelle Bamako.

Selon un analyste, le problème est que ses voisins ne veulent pas réaliser le fait que seul le Mali a à surveiller près de cinq mille kilomètres de frontière. Car c’est bien cela la longueur totale des frontières de ce pays avec l’Algérie, (1373 km), la Mauritanie (2237 km) et le Niger (821 km). En comparaison, entre « l’Algérie qui est l’épicentre salafiste et la Mauritanie il n’y a que 463 km ». Soit ! Mais comment expliquer que les jihadistes n’aient pas pu s’installer au Niger qui partage tout de même 962 km avec l’Algérie? Il est vrai, poursuit l’analyste, que le Niger de Tandja a souvent croisé le fer avec eux mais en vérité, ceux-ci « ne s’installent que là où il y a une communauté arabe forte et de bonnes cachettes ». Pour lui, seul le Mali réunit ces conditions. Quid de l’hypothèse d’un pacte tacite de non agression entre Aqmi et son hôte malien ? Et des rumeurs que les services d’intelligence des pays occidentaux convaincus de sa mauvaise foi ne veulent pas coopérer avec leur homologue malien ? « Faux et archifaux. La coopération, à ce niveau, ne fait pas défaut.

Avec le Ghana, nous sommes le seul pays ouest-africain à avoir reçu la visite du Directeur de la CIA, le Général Michael Hayden venu, le 18 janvier 2008 féliciter ATT des efforts maliens dans le cadre de la lutte anti terroriste ». Il est vrai, c’était en 2008. En 2010, le narcotrafic mené à une échelle sans précédent complique les enjeux de l’espace sahélo-saharien. ATT sait que son pays n’a plus droit à l’erreur qui, le 5 mars dernier, a dévoilé la nouvelle stratégie malienne d’éradication du terrorisme et du narcotrafic devant le Conseil supérieur de la Défense. Le plan à plusieurs volets se veut radical : éviter que le Mali soit au « narco-terrorisme » ce que Médine fut à l’Islam. Dix jours plus tard, à Alger, les ministres des pays riverains de cet espace -sans le Maroc- allaient renouveler leur détermination à enrayer la tumeur Aqmi. Reste à voir si celle-ci n’a pas métastasé.

Adam Thiam

mercredi 10 mars 2010

L’ex-otage espagnole est rentrée chez elle


Alicia Gamez, libérée ce mercredi 10 mars par la branche maghrébine d'al-Qaïda après trois mois de captivité au nord du Mali.
Reuters / Albert Gea

L'otage espagnole d'Al-Qaïda au Maghreb islamique dans le nord du Mali a été libérée ce mercredi 10 mars. Alicia Gamez a regagné son pays après trois mois de captivité au nord du Mali. Quatre autres Européens dont deux de ses compagnons sont toujours aux mains des islamistes radicaux.

Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau

« Je suis très contente d’être à la maison, mais mon bonheur sera complet lorsque Albert et Roque seront aussi sur le retour ».

Elle, c’est Alicia Gamez, fonctionnaire de justice espagnole et coopérante au Sahel, à l’issue de trois mois de séquestration en Mauritanie. Albert et Roque, ce sont les deux autres coopérants espagnols encore détenus par des ravisseurs islamistes.

Une vidéo les a montrés en vie. Quant au gouvernement espagnol, il assure que leur santé est bonne et qu’ils devraient être, eux aussi, prochainement relâchés.

L’exécutif de Zapatero a affirmé n’avoir payé aucune rançon, ce que les médias ne croient pas comme ce fut le cas il y a deux mois lors d’une autre prise d’otage d’Espagnols : des pêcheurs au large de la Somalie.

Alicia Gamez, tout juste débarquée, dit qu’elle et ses compagnons d’infortune ont été plutôt bien traités par leurs ravisseurs, des membres d’une branche islamiste se réclamant d’al-Qaïda, un groupuscule dont la présence ne cesse d’augmenter dans le Sahel.

RFI

lundi 1 mars 2010

Al-Qaïda: l'otage italien appelle son gouvernement à des concessions


L'Italien Sergio Cicala, retenu en otage depuis décembre avec sa femme par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), a appelé son à faire des "concessions" pour obtenir leur libération, dans un message mis en ligne dimanche.
Cet appel intervient à la veille de l'expiration d'un ultimatum fixé par Aqmi aux autorités de Rome leur demandant de répondre à ses revendications pour la libération de M.
Cicala, 65 ans, et de sa femme Philomène Kabouré, 39 ans, enlevés le 18 décembre en Mauritanie.
Le groupe réclame notamment la libération de quatre combattants emprisonnés en Mauritanie.
"Ma liberté et celle de ma femme dépendent des concessions que le gouvernement est disposé à faire", affirme l'otage dans le message audio rapporté par le centre de surveillance des sites islamistes SITE.
Le message est accompagné d'une image fixe montrant un homme présenté comme étant Sergio Cicala, à genoux, sous la garde de six hommes cagoulés et en , se tenant sous une banderole noire portant une inscription religieuse.
"J'espère que le plus tôt possible le gouvernement va s'intéresser à notre situation et en conséquence à nos vies. Nous attendons avec confiance que toute cette situation puisse se résoudre de la meilleure façon possible (...) je veux dire ma libération et celle de ma femme", ajoute-t-il.
"Le (du conseil italien Silvio) Berlusconi a toujours été renommé pour sa grande générosité, j'espère qu'il pourra nous aider, ma femme et moi", ajoute l'homme, dont la voix ne trahit aucune émotion et qui semble lire un texte.
Daté du 24 février et intitulé "Appel de l'otage italien au gouvernement de Berlusconi", le message en italien est d'un peu plus d'une minute.
Dans un ultimatum diffusé début février, l'Aqmi avait donné jusqu'au 1er mars au gouvernement italien pour répondre à ses exigences. Les ravisseurs demandaient non seulement la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali, qui ont depuis été relâchés, mais aussi la sortie de prison de combattants détenus en Mauritanie, avait indiqué une source proche du dossier.
Dans un bref communiqué accompagnant le message, la branche maghrébine d'Al-Qaïda a appelé les Italiens à faire pression sur leur gouvernement pour sauver la vie du couple italien.
"Nous répétons notre appel aux familles des otages et à l'opinion publique italienne: si vous voulez la sécurité des otages, faites pression sur votre gouvernement offensant et demandez-lui de satisfaire les demandes légitimes des moudjahidine", affirme Aqmi.
Interrogé par l'AFP à Rome, un porte-parole du ministère italien des Affaires étrangères n'a pas souhaité commenter le contenu du message.
Mardi, Aqmi avait libéré l'otage français Pierre Camatte après presque trois mois de captivité dans le désert malien. Le groupe avait obtenu en contrepartie la remise en liberté au Mali de quatre islamistes, condamnés à des peines déjà purgées.
Le groupe extrémiste avait dans un premier temps accentué ses pressions sur Paris et Bamako, en menaçant de tuer Pierre Camatte s'il n'obtenait pas la libération des quatre islamistes.
Après la libération de l'otage français, les médiateurs ont indiqué qu'ils devaient reprendre les tractations dans le nord du Mali pour tenter d'obtenir la libération du couple italien et de trois Espagnols.
Madrid serait en train de payer 5 millions de dollars à Aqmi pour la libération des otages espagnols retenus depuis près de trois mois, avait indiqué le 21 février le quotidien El Mundo.

jeudi 25 février 2010

Pierre Camatte, l'ex-otage au Mali : «Je ne pensais pas être une cible»


Pierre Camatte, relâché mardi par un groupe d'Al-Qaïda après quasiment trois mois de captivité dans le désert malien, est arrivé en milieu de matinée en , à bord d'un Falcon blanc de l'armée française, qui s'est posé à 10h35 sur le de l'aéroport militaire de Villacoublay (Yvelines).

Il a été accueilli par sa famille puis s'est brièvement adressé à la presse. «Je n'ai jamais commis d'imprudence, cela fait quinze ans que j'opère dans cette région du Mali», a-t-il dit. «Je ne pensais pas être une cible».

Dans la nuit de mardi à mercredi, à Bamako, au d'une conférence de presse, il a donné des détails sur les conditions de sa détention. Il a décrit ses ravisseurs comme des «fanatiques». «Ils détiennent une vérité qui est à la vérité suprême. Ils ont le Coran qu'ils lisent tout le temps. (...) Ils disent que les musulmans de France ne sont pas de vrais musulmans, que ce sont eux qui détiennent la vérité et que leur objectif est d'islamiser le monde entier. Ce sont des fanatiques», a déclaré Pierre Camatte, au cours d'une conférence de presse au palais de la présidence malienne, deux jours après sa remise en liberté. Le cheveu et la barbe allongés, le visage buriné par le soleil qui faisait ressortir ses yeux bleus, l'homme de 61 ans est apparu en bonne santé, quoique fatigué.

«Ils recrutent surtout chez les jeunes. Il y a parmi eux 70 à 80% des jeunes», a-t-il précisé. Des jeunes à qui Pierre Camatte parlait parfois en anglais, car ils ne parlent pas le français, pourtant langue officielle du pays.

La visite de Nicolas Sarkozy

Pierre Camatte s'exprimait en présence de Nicolas Sarkozy. Après sa visite au Gabon, l'avion présidentiel a mis cap au nord pour cette visite à l'otage libéré, avant de reprendre la direction du Rwanda, où il passera deux heures aujourd'hui. Le chef de l'état était accompagné du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner et du secrétaire d'Etat français à la Coopération Alain Joyandet, chargé de ramener Camatte en France.

Evoquant les conditions sa captivité dans le désert, l'humanitaire a eu ces mots : «C'est difficile d'imaginer une prison. On me donne une couverture et c'est ça ma prison». «On est isolé, on ne doit pas bouger, il y a la chaleur du Sahara, les condition d'hygiène épouvantables, une alimentation et une eau absolument dégoûtantes. (...) Le plus difficile, c'est la solitude», a-t-il énuméré. Nicolas Sarkozy a alors ajouté: «Des blessures, des coups»...

Pierre Camatte avait été kidnappé le 26 novembre dans un hôtel de Ménaka (nord-est) par des Maliens de la région qui l'auraient ensuite «vendu» à Aqmi, selon des sources maliennes. Depuis, le Français aurait été retenu par le groupe de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, responsable de l'assassinat en juin d'un otage britannique. Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) l'a libéré mardi, après avoir obtenu de Bamako la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali, soulevant une crise diplomatique avec l'Algérie et la Mauritanie.

Dans le nord du Mali, Aqmi séquestre par ailleurs toujours trois Espagnols et un couple d'Italiens enlevés en Mauritanie. L'annonce de la libération de quatre islamistes contre Camatte a fâché de l'autre côté de la frontière malienne, et jusqu'à l'Algérie. Mauritanie et Algérie ont rappelé leur ambassadeur en signe de mécontentement.

leparisien.fr

L'ex-otage au Mali raconte sa captivité


Pierre Camatte, relâché mardi par un groupe d'Al-Qaïda après quasiment trois mois de captivité dans le désert malien, a décrit à Bamako ses ravisseurs comme des «fanatiques», persuadés de détenir «la vérité suprême».

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) l'avait libéré mardi, après avoir obtenu de Bamako la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali, soulevant une diplomatique avec l'Algérie et la Mauritanie.

«Ils détiennent une vérité qui est à la vérité suprême. Ils ont le Coran qu'ils lisent tout le temps. (...) Ils disent que les musulmans de ne sont pas de vrais musulmans, que ce sont eux qui détiennent la vérité et que leur objectif est d'islamiser le monde entier. Ce sont des fanatiques», a déclaré Pierre Camatte, au d'une conférence de presse au palais de la présidence malienne, deux jours après sa remise en liberté. Le cheveu et la barbe allongés, le visage buriné par le soleil qui faisait ressortir ses yeux bleus, l'homme de 61 ans est apparu en bonne santé, quoique fatigué.

«Ils recrutent surtout chez les jeunes. Il y a parmi eux 70 à 80% des jeunes», a-t-il précisé. Des jeunes à qui Pierre Camatte parlait parfois en anglais, car ils ne parlent pas le français, pourtant langue officielle du pays.

La visite de Nicolas Sarkozy

Pierre Camatte s'exprimait devant la presse, en présence de Nicolas Sarkozy. Après sa visite au Gabon, l'avion présidentiel a mis cap au nord pour cette visite à l'otage libéré, avant de reprendre la direction du Rwanda, où il passera deux heures aujourd'hui. Le chef de l'état était accompagné du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner et du secrétaire d'Etat français à la Coopération Alain Joyandet, chargé de ramener Camatte en France.

Evoquant les conditions sa captivité dans le désert, l'humanitaire a eu ces mots : «C'est difficile d'imaginer une prison. On me donne une couverture et c'est ça ma prison». «On est isolé, on ne doit pas bouger, il y a la chaleur du Sahara, les condition d'hygiène épouvantables, une alimentation et une eau absolument dégoûtantes. (...) Le plus difficile, c'est la solitude», a-t-il énuméré. Nicolas Sarkozy a alors ajouté: «Des blessures, des coups»...

Pierre Camatte avait été kidnappé le 26 novembre dans un hôtel de Ménaka (nord-est) par des Maliens de la région qui l'auraient ensuite «vendu» à Aqmi, selon des sources maliennes. Depuis, le Français aurait été retenu par le groupe de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, responsable de l'assassinat en juin d'un otage britannique.

Dans le nord du Mali, Aqmi séquestre par ailleurs toujours trois Espagnols et un couple d'Italiens enlevés en Mauritanie. L'annonce de la libération de quatre islamistes contre Camatte a fâché de l'autre côté de la frontière malienne, et jusqu'à l'Algérie. Mauritanie et Algérie ont rappelé leur ambassadeur en signe de mécontentement.

leParisien.fr

mercredi 24 février 2010

Sarkozy rencontre l'ex-otage français ce soir au Mali

Le a annoncé mercredi au Gabon qu'il se rendrait en soirée à Bamako pour rencontrer l'ex-otage français Pierre Camatte, relâché mardi au Mali par un groupe d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et remercier le président malien.

«Ce soir, avec , avec Alain Joyandet, nous allons nous rendre à Bamako (...) pour remercier le président (malien) Amadou (bien Amadou) Toumani Touré, pour rencontrer Pierre Camatte», a déclaré le chef de l'Etat français, lors d'une allocution devant la communauté française de Libreville.

«Celui-ci rentrera immédiatement en France avec Alain Joyandet, tandis qu'avec Bernard Kouchner nous nous envolerons pour le Rwanda où demain matin nous sommes attendus par le président (rwandais Paul) Kagame», a-t-il ajouté. «Nous ne laisserons tomber aucun de nos compatriotes pris par des terroristes. Nous ne laisserons tomber aucun Français, quelles que soient par ailleurs les erreurs qu'ils aient pu faire, qui se trouve dans l'épreuve. Les Français sont ramenés à la maison (...) c'est un engagement constant», a insisté le chef de l'Etat français.

La Mauritanie et l'Algérie ont rappelé chacun leur ambassadeur

La libération de l'otage français survient sur fond de crise diplomatique entre le Mali et deux pays voisins. L'Algérie et la Mauritanie ont en effet décidé de rappeler «pour consultation», chacun, leur ambassadeur à Bamako pour protester contre la remise en liberté de présumés terroristes algériens et mauritanien. Al-Qaïda au Maghreb islamique, qui retient par ailleurs toujours cinq autres otages européens, avait menacé de tuer Pierre Camatte si elle n'obtenait pas la liberté de ces quatre islamistes (deux Algériens, un Burkinabè, un Mauritanien).

Leparisien.fr

L'otage français kidnappé au Mali libéré en échange de quatres islamistes

Pierre Camatte, l'otage français détenu depuis près de trois mois par la branche maghrébine d'Al-Qaida (AQMI), a été libéré, mardi 23 février, en début de soirée, par ses ravisseurs, près de la ville de Kidal, dans le nord du Mali. "Il se porte bien", a assuré l'un des responsables maliens chargés de négocier sa libération. M. Camatte est "en route vers Bamako, (la capitale) d'où il regagnera la France", a précisé un communiqué publié à Paris par le ministère des affaires étrangères.

Le Français, âgé de 61 ans, avait été kidnappé en pleine nuit, le 26 novembre, dans un hôtel du nord-est du Mali, par des Touaregs qui l'auraient ensuite "vendu" à des islamistes membres de l'AQMI, le même groupe qui, quelques jours auparavant, avaient enlevé trois Espagnols, travaillant pour une ONG, en Mauritanie, et toujours détenus.

Jugement expéditif

En échange de la vie sauve pour leur otage français, l'AQMI exigeait la libération de quatre islamistes incarcérés depuis plusieurs mois à Kati, non loin de Bamako, pour "détention illicite d'armes".

Parmi eux figuraient un Mauritanien et deux Algériens, Mohamed Ben Ali et Tayeb Nail, accusés par Alger d'avoir participé à des attentats sanglants dans leur pays (dont un avait visé le Palais du gouvernement en 2008). Un mandat d'extradition les concernant avait été présenté par Alger en septembre 2009 et renouvelé il y a quelques semaines.

Or, lundi, le Mali a rendu leur liberté aux quatre islamistes au terme d'un jugement expéditif. Pour l'Algérie et la Mauritanie, il ne fait guère de doute que la justice malienne a agi sous pression. La libération "sous le prétexte fallacieux qu'ils ont été jugés et qu'ils ont purgé leurs peine (au titre de la détention provisoire)viole les résolutions (...) contraignantes du Conseil de sécurité des Nations unies et les engagements bilatéraux, régionaux et internationaux de lutte contre le terrorisme", fait valoir un communiqué du ministère des affaires étrangères algérien, publié mardi.

Et d'ajouter : "La libération de terroristes recherchés par des pays voisins (...) sert objectivement les intérêts du groupe terroriste." Mardi, l'Algérie a décidé de rappeler son ambassadeur à Bamako "pour consultation". Quelques heures auparavant, la Mauritanie avait fait de même avec son représentant au Mali.

En réalité, en évoquant le "prétexte fallacieux" qui a conduit à libérer les islamistes, Alger fait référence aux pressions exercées depuis des semaines par la France sur le Mali où le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a effectué deux visites éclair, dont l'une avec le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.

Ces allers-retours ont porté leurs fruits et conduit les Maliens à revenir sur leur intransigeance initiale, et à accepter de libérer les islamistes quitte à s'attirer les foudres d'Alger, leur puissant voisin. "Nous étions confrontés à un problème : comment tout faire pour sauver la vie du Français", a fait valoir un conseiller du président du Mali, Amadou Toumani Touré. Pour tenter d'apaiser par avance l'Algérie, avec qui la France entretient des relations difficiles, M. Guéant avait fait le déplacement à Alger au cours du week-end.

Jean-Pierre Tuquoi