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lundi 10 janvier 2011

Aqmi : sur la défensive, Paris a revu sa stratégie


Les forces françaises n'hésitent plus à monter des actions coordonnées avec les pays de la région. 


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Dans le Sahel, la France a déclaré la guerre aux terroristes d'Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique) depuis plusieurs mois. C'est l'opération militaire franco-mauritanienne déclenchée en juillet et l'exécution de l'otage français Michel Germaneau par ses ravisseurs, au Mali, qui a marqué, rappelle François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), un «tournant dans la stratégie française». La nouvelle politique de Paris a clairement été annoncée par Nicolas Sarkozy à la conférence des ambassadeurs, en août. «Le paiement de rançon pour la libération des prisonniers ne peut pas être une stratégie durable», avait alors déclaré le chef de l'État. Dans les faits, les autorités françaises ont mis en place un dispositif militaire composé de forces spéciales, de moyens aériens et terrestres (hélicoptères et avions de transport) basés en Mauritanie, au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Un dispositif similaire a été installé en Afghanistan, mais sans être autant sollicité puisque Paris est engagé dans des négociations pour libérer les deux journalistes de France 3 retenus depuis plus d'un an. Rien de tel en revanche dans le Sahel où la France, reconnaissait la semaine dernière un responsable du ministère de la Défense, n'a toujours pas réussi à ouvrir un canal de négociations pour discuter du sort des cinq ressortissants d'Areva enlevés en septembre dans le nord du Niger, à Arlit, et détenus depuis au Mali. «À différentes crises d'otages correspondent différentes réponses», commente François Heisbourg.
C'est donc ce dispositif, composé de forces spéciales du COS (commandement des opérations spéciales) et de moyens de surveillance et d'espionnage, notamment aériens, qui a été actionné ce week-end. Très rapidement, en moins de douze heures, une opération spéciale assez complexe a été mise sur pied en coopération avec les hommes de la Garde républicaine nigérienne, immédiatement lancés à la poursuite des ravisseurs. Accrochés par l'avion de surveillance Atlantique-2, basé dans la région et doté de moyens d'écoute et de vision diurne et nocturne, les ravisseurs ont été bloqués dans leur progression vers le Mali, au nord, par des hommes du COS débarqués, selon un témoignage local, dans deux hélicoptères. Un véritable «tour de force», note un spécialiste. Le but était d'intervenir le plus rapidement possible. Avant que les ravisseurs rejoignent leur «zone refuge», leur sanctuaire malien où sont déjà retenus les cinq Français enlevés à Arlit, que les otages changent de main ou qu'ils soient séparés et répartis dans des groupes différents. «Les 24 premières heures sont très importantes. Nous avons eu une opportunité pour agir, une fenêtre de tir», explique le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées.

En intervenant aux côtés des forces nigériennes pour tenter de libérer les otages, la France a fait savoir qu'elle ne «voulait plus se laisser dicter sa loi» par les ravisseurs .(Crédits photo: AFP)
En intervenant aux côtés des forces nigériennes pour tenter de libérer les otages, la France a fait savoir qu'elle ne «voulait plus se laisser dicter sa loi» par les ravisseurs .(Crédits photo: AFP)

En intervenant aux côtés des forces nigériennes pour tenter de libérer les otages, la France a fait savoir qu'elle ne «voulait plus se laisser dicter sa loi» par les ravisseurs et qu'elle mettrait désormais tout en jeu pour libérer ses ressortissants dans le Sahel. En assumant au besoin les risques liés à l'opération. Pour le socialiste François Hollande, il était «légitime et nécessaire que les forces françaises contribuent à retrouver» les deux otages pour tenter de les libérer.

États faibles


Mais cette stratégie a ses limites. Les deux interventions militaires, le 25 juillet pour libérer Germaneau et samedi dernier au Niger, se sont soldées par la mort des otages. Elle n'a guère prouvé pour l'instant son effet dissuasif. Désignés comme la cible principale d'Aqmi, qui se consolide dans toute la zone sahélienne, les ressortissants français sont de plus en plus souvent pris à partie. Même les capitales, réputées sûres, ne sont plus à l'abri, comme le prouve l'attentat commis la semaine dernière contre l'ambassade de France à Bamako, au Mali.
Chassés par les forces algériennes qui leur ont déclaré la guerre il y a plusieurs années, les terroristes d'Aqmi sont progressivement descendus sur le continent africain, prenant la route du sud pour investir des États faibles dans lesquels il est plus facile d'opérer et où le bras armé algérien n'existe pas. Dans une telle configuration, alors qu'al-Qaida, chassée d'Afghanistan et d'Irak, a choisi cette immense région pour établir une nouvelle base, la France, qui ne peut déployer, pour différentes raisons, autant politiques que techniques, que des moyens militaires limités, peut-elle faire autre chose qu'être sur la défensive?

dimanche 9 janvier 2011

Paris appelle ses ressortissants au Sahel à «la plus grande vigilance»


La France appelle ses ressortissants à «la plus grande vigilance» dans les pays du Sahel «aucun endroit ne pouvant plus être considéré comme sûr» après l'enlèvement à Niamey et la mort de deux Français samedi, indique dimanche le ministère des Affaires étrangères sur son site.
Quelque 1 550 ressortissants français (y compris les binationaux) résident au Niger, 2.115 en Mauritanie et 4.330 au Mali. Plus des trois-quarts vivent dans les trois capitales, Niamey, Nouakchott et Bamako.
Une menace terroriste accrue
«L'enlèvement le 16 septembre 2010 de cinq de nos compatriotes à Arlit, au Niger, l'attentat contre l'ambassade de France à Bamako le 5 janvier 2010 et la mort le 8 janvier 2011 de deux de nos compatriotes, enlevés à Niamey le 7 janvier, témoignent du niveau particulièrement élevé de la menace terroriste au Sahel», observe le ministère français.
«Il est tout particulièrement demandé aux Français de restreindre leurs déplacements en se référant aux indications figurant dans les Conseils aux voyageurs propres à chacun des pays du Sahel, ainsi que sur les sites internet de nos ambassades sur place», a souligné le ministère.
Pour ces trois pays, les limites des zones rouges où il est formellement déconseillé aux Français de rester et/ou de se rendre n'ont cependant pas été modifiées dans les conseils aux voyageurs réactualisés samedi soir.
Dans ses conseils concernant le Niger, les autorités françaises rappellent que «la tenue de festivals traditionnels et folkloriques en zone rouge n'indique pas une diminution du risque sécuritaire dans les localités concernées». Le Niger ne peut pas être considéré comme une destination touristique ordinaire», tiennent-elles à souligner.
Le ministre de la Défense, , se rendra lundi à Niamey pour rencontrer «les autorités nigériennes et la communauté française» après la mort samedi des deux otages français.
Leparisien.fr 
leParisien.fr

mardi 21 septembre 2010

La médiatisation de la menace terroriste pose question

M. Hortefeux a notamment fait part de l'existence d'une menace terroriste le 17 septembre lors d'une visite impromptue aux policiers chargés de la surveillance de la tour Eiffel.
AFP/FRED DUFOUR
M. Hortefeux a notamment fait part de l'existence d'une menace terroriste le 17 septembre lors d'une visite impromptue aux policiers chargés de la surveillance de la tour Eiffel.

Depuis le 16 septembre, date de l'enlèvement des cinq ressortissants français salariés d'Areva résidant dans le nord du Niger, il ne passe pas une journée, sans que le ministre de l'intérieur,Brice Hortefeux, n'évoque les risques d'attentat qui pèseraient sur la France. "La menace est réelle, notre vigilance est renforcée", a ainsi insisté M. Hortefeux lundi 20 septembre, alors qu'il l'avait déjà affirmé le 17 septembre lors d'une visite impromptue aux policiers chargés de la surveillance de la tour Eiffel et répété le lendemain lors d'une cérémonie aux victimes d'attentats aux Invalides.

Des informations inquiétantes auraient été signalées aux services de renseignement français par des services de renseignement de pays amis – notamment l'Algérie. La France serait sous la menace d'AQMI (Al-Qaida au Mahgreb islamique), voire une cible prioritaire de l'organisation depuis l'attaque en juillet d'un camp de djihadiste en Mauritanie à laquelle des militaires français ont participé.Fait rare, les déclarations du ministre sont relayées par celles du patron du renseignement,Bernard Squarcini, numéro un de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur)."Tous les voyants sont au rouge. Ça clignote de toutes parts", a renchéri de son côté M. Squarcini dans plusieurs journaux, dont Le Monde daté des 19 et 20 septembre.

La sécurité d'Ali Boubakeur, recteur de laGrande Mosquée de Paris, a été renforcée. Une enquête préliminaire a été ouverte au parquet de Paris quant à la présence éventuelle sur notre sol d'une femme kamikaze qui aurait projeté jeudi 16 septembre un attentat à la gare du Nord.

DÉTOURNER L'ATTENTION ?

Autant de mesures préventives qui, dans les contextes de tensions extrêmes, sont mises en œuvre dans la plus grande discrétion. Mais cette fois, l'opinion est tenue en haleine quasiment en temps réel de l'évolution du niveau de la menace au point que certains acteurs s'interrogent : faut-il alarmer la population au risque de développer un climat de psychose ? Cette entreprise ne viserait-elle pas à détourner les Français d'autres questions qui les préoccupent comme celle des retraites, tout en justifiant le renforcement des mesures de sécurité contestées par ailleurs ?

Plusieurs observateurs et hommes politiques le suggèrent. Ainsi Dominique de Villepin reproche au gouvernement "une stratégie de la tension"."Ce qui est important, c'est de prendre des mesures. Cela ne sert à rien de créer la panique un peu partout dans notre pays", a lancé l'ancien premier ministre sur les ondes de France Info, mardi 21 septembre.

Plus nuancé mais tout aussi septique quant aux discours de M. Hortefeux, le député UMP du Val-d'Oise Axel Poniatowski a demandé qu'en matière de menaces terroristes "sur le plan de la parole publique", il soit "fait preuve de modération".

Yves Bordenave