Affichage des articles dont le libellé est Infos Terrorisme AQMI Sahel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Infos Terrorisme AQMI Sahel. Afficher tous les articles

samedi 30 octobre 2010

Au Sahel, al-Qaida a déjà gagné

Qu'al-Qaida Maghreb Islamique soit à l'origine de la prise d'otage des cinq Français ou non, le groupe a réussi à faire passer un message très clair: au Sahel, les Français ne sont en sécurité nulle part.

Cinq Français enlevés le 16 septembre au Niger (ainsi qu’un Malgache et un Togolais). A Arlit, le sanctuaire d’Areva dans le Nord du Niger. La ville créée par les Français pour procéder à l’extraction d’uranium de la région; 30 % de l’uranium des centrales françaises provient du Niger. Quel plus beau symbole de la présence française dans le Niger est-il possible de frapper ?
Si al-Qaida Maghreb Islamique (AQMI) est à l’origine de cette prise d’otages –selon des sources sécuritaires nigériennes, les otages auraient déjà été conduits par leurs ravisseurs dans le nord du Mali, tout comme l’avait été Michel Germaneau, exécuté par al-Qaida en juillet– il aura réussi une «magnifique opération». Montrant ainsi l’incapacité des Occidentaux à protéger leurs ressortissants, partout dans le Sahel, même dans les bases qui semblent les plus inexpugnables.
Que des hommes armés puissent pénétrer dans cette petite ville sans provoquer de réactions des 350 soldats nigériens qui la protègent suscite l’étonnement. D’autant que les Français devaient être sur leur garde. Un otage français, Michel Germaneau, capturé dans la même région, a été assassiné en juillet. La France et la Mauritanie avaient tenté une opération militaire sanglante pour le libérer. Depuis lors Aqmi et la France affirment être en guerre.
Un message très clair
Mais quoi qu’il en soit, Aqmi a déjà réussi à faire passer un message très clair: au Sahel, les Français ne sont en sécurité nulle part. D’ailleurs avant même cette nouvelle prise d’otages, les Occidentaux sortaient de moins en moins des capitales des Etats sahéliens, notamment au Niger. Un Canadien avait été récemment enlevé et livré à Aqmi à quelques kilomètres à peine de Niamey.
Au lendemain de cette nouvelle prise d’otages Areva a commencé à rapatrier en France ses personnels expatriés. Au fond, le système de recrutement d’Aqmi est particulièrement souple et efficace: n’importe qui peut travailler pour eux sans être forcément militant d’al-Qaida. Il suffit d’aimer l’argent facile et d’avoir une conscience morale à géométrie variable. Tout le monde peut prendre en otage un «toubab» (un blanc) de préférence français et le revendre à al-Qaida.
Cette politique de recrutement a réussi à créer un climat de suspicion et de paranoïa grandissant. Qui dit que telle personne qui prétend être votre amie ne va pas vous vendre pour s’acheter un 4x4 flambant neuf afin de promener sa femme sur les bords du fleuve Niger?
Le sort tragique des Britanniques et des Français
Le sujet de la trahison fait d’autant moins rire que l’issue des prises d’otages peut se révéler tragique, notamment pour les Britanniques ou les Français. Tout dépend du climat diplomatique du moment, mais comme les autorités anglaises n’ont pas la réputation de négocier, les émirs peuvent assassiner leurs compatriotes. Avec la France le contentieux d’Aqmi est très grand. La plupart des «émirs» d’Aqmi sont des islamistes algériens qui ont une sympathie très modérée pour la «patrie des lumières».
Tout dépend aussi de la personnalité du commanditaire. L’un des chefs d’Aqmi, Abdelhamid Abou Zeid, a fait exécuter un otage britannique et le français Germeneau. Moins sanguinaire, un autre de ses chefs, Mokthar Belmokhtar, aime les trafics très lucratifs, notamment celui de cigarettes, au point d’avoir été surnommé «Mister Marlboro».
Un otage espagnol ou italien peut se voir réserver un meilleur sort. Afin d’obtenir la libération des cinq Catalans capturés en Mauritanie en novembre 2009, Madrid aurait déboursé la somme de 7 millions d’euros, selon le quotidien El Mundo. L’enlèvement des Espagnols avait provoqué la stupéfaction des Mauritaniens. Il s’était produit en plein jour sur l’axe Nouakchott-Nouhadibou, la grande route qui traverse l’Ouest mauritanien. D’un côté, l’océan atlantique, de l’autre le désert. Des check points de militaires à tout bout de champ. Comment Aqmi a-t-il procédé ? Mystère. Mais avec du cash, on peut réaliser des miracles dans la région.
Tous sur le qui-vive
Quoi qu’il en soit depuis cette prise d’otages, les Occidentaux savent qu’il n’y a plus de lieux sûrs en Mauritanie, malgré la sympathie affichée par la majorité de la population. Aqmi –avec des moyens limités, estimés à quelques centaines d’hommes– a réussi à réduire considérablement l’influence occidentale dans tous les pays de la région.
Même les Américains sont sur leurs gardes. Il y a quelques années, les «peace corps» (coopérants) américains étaient omniprésents. Il était presque impossible de rentrer dans un cyber café d’une ville malienne sans tomber sur l’un d’eux. Aujourd’hui, même au Burkina Faso, les jeunes américains sont sur le qui-vive. Tout comme les coopérants français.
Autre conséquence des coups d’éclats d’al-Qaïda, le tourisme est moribond dans tout le Sahel. Les devises des touristes constituaient une ressource essentielle pour ces régions parmi les plus déshéritées d’Afrique. Le tourisme permettait également des contacts réguliers entre Occidentaux et  populations locales. Comme il ne s’agissait pas d’un tourisme de masse, les relations étaient la plupart du temps chaleureuses.
Aqmi et touaregs
Aqmi a aussi réussi la prouesse de nouer des alliances avec les populations locales, notamment les touaregs. Au Niger, les touaregs entretiennent fréquemment des relations délétères avec le pouvoir central. Ils considèrent aussi que le «boom de l’uranium» ne leur a guère profité, alors même que les mines exploitées se trouvent sur les terres qu’ils fréquentent.
Avec Aqmi certains d’entre eux peuvent se livrer à des activités très lucratives,  trafics en tout genre dans la bande sahélienne. Trafic de drogue –la cocaïne venue d’Amérique latine transite de plus en plus souvent par cette zone–, contrebande de cigarettes, passage de candidats à l’immigration clandestine. Afin de consolider ces alliances, leurs dirigeants ont parfois épousé des femmes touaregs.
Aqmi est d’autant plus à l’aise pour développer ses «business» que les pays de la région entretiennent des relations conflictuelles. Des différends frontaliers ont laissé des traces et la coopération entre les armées et les services de renseignement laisse à désirer. Autre succès, avoir réussi à s’attirer des sympathies au-delà des «cercles islamistes», même parmi des populations favorisées.
«Al-Qaïda a raison d’enlever des Occidentaux, même des humanitaires. Après tout, les Américains tuent des Musulmans en Irak et en Afghanistan. Il s’agit juste de représailles. C’est une guerre entre l’Occident et le monde musulman» m’a expliqué un homme d’affaires mauritanien qui vit une partie de l’année en Europe. Son opinion est loin d’être isolée.
A Nouakchott, la psychose se répand. «C’est dangereux d’aller à l’hôtel, là-bas les Occidentaux sont repérés. Quand un Européen circule en ville, il doit se cacher pour ne pas attirer l’attention» ont affirmé des habitants de Nouakchott, qui m’ont récemment hébergé chez eux. Un climat guère propice au dialogue entre les cultures.
Même au Sénégal, un sentiment diffus d’inquiétude se répand. Européens et Américains prennent des précautions de plus en plus grandes pour protéger leurs ambassades et centres culturels. Après avoir tué quatre Français dans le sud de la Mauritanie en décembre 2007, des militants d’Aqmi s’étaient réfugiés dans un quartier populaire de Dakar où ils disposaient d’une base arrière. Avant de se réfugier en Guinée Bissau. Encore plus au sud.
Dans le Sahel, la «poignée d’hommes» d’Aqmi a réussi un pari qui aurait semblé insensé, il y a quelques années. Dans cette région où l’on dit que «les Français se sentent chez eux», ils doivent désormais changer d’état d’esprit. Se préparer à partir.
Ou apprendre à vivre avec la peur.
Pierre Malet | Slate.fr

samedi 23 octobre 2010

Sahel et terrorisme : le dessous des cartes


Les découvertes récentes de richesses minières dans le bassin de Taoudéni, large de 1,5 million de km2 partagé entre le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger provoquent un vif intérêt pour le Sahel.
chameau_sahel2.jpg
Les informations font état d’immenses découvertes gazières freinant la progression du puits vers la zone pétrolière. Malgré la consigne de prudence, quelques responsables de Total et leurs partenaires chinois cèdent à l’euphorie en parlant d’« importantes découvertes ».
Qu’est-ce qui fait courir Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) ? La question intrigue les spécialistes du dossier, qui voient dans le changement d’orientation de l’ex-GSPC et l’intérêt renouvelé des grandes puissances, une nouvelle donne propre à tout le bassin de Taoudéni, cette zone de 1,5 million de km2 allant de la Mauritanie au Niger, en passant par le Mali et l’Algérie, connue comme étant un réservoir de gros gisements d’hydrocarbures, d’uranium et de fer. Avant que la première goutte de pétrole ne sorte du sol de Mauritanie, le 13 mai 2001, le pays n’intéressait pas les « barbus », ni leurs commanditaires.

Avant que la première goutte de pétrole ne sorte du sol de Mauritanie, le 13 mai 2001, le pays n’intéressait pas les « barbus », ni leurs commanditaires.
Une attaque massive
Moins de quatre ans après cet événement, l’armée mauritanienne subissait une attaque massive à Lemghtey, en juin 2005, à l’extrême nord-est du pays, tout près de l’Algérie. Cette attaque, revendiquée alors par le GSPC, était la première du genre. Depuis, le harcèlement est quasi quotidien. Pour les adeptes de la théorie du complot, l’insécurité fait le jeu d’intérêts étrangers qui veulent prendre part au nouvel eldorado minier.
Il y a peu, le groupe pétrolier français Total annonçait le début de sa phase test de production des hydrocarbures sur ce même bassin de Taoudéni, partie mauritanienne. Le premier forage révèle des indices très probants. Total n’embarque pas seul dans cette aventure, s’étant associé avec Sonatrach et Qatar Petroleum International.

D’immenses découvertes gazières
Le contexte politique actuel est peu propice aux révélations sur le potentiel de production. Nul doute que Jean François Arrighi de Casanova, directeur Afrique du Nord de Total, qui a été reçu par le président mauritanien fin, septembre lui a fait état de la situation dans le département de Ouadane.
Les informations font état d’immenses découvertes gazières freinant la progression du puits vers la zone pétrolière. Malgré la consigne de prudence, quelques responsables de Total et leurs partenaires chinois cèdent à l’euphorie en parlant d’« importantes découvertes ». La question intéresse de près les émirs d’AQMI, qui suivent les avancées des explorations, tant en Mauritanie qu’au Mali. Dans ce dernier pays, un gisement situé à 750 km au nord de Tombouctou se trouve, comme par hasard, dans l’une des zones de prédilection de la mouvance islamiste.

Une géopolitique compliquée
A cet appétit islamiste s’ajoute une géopolitique compliquée, marquée par des ex-rébellions touarègues au Niger et au Mali, encore armées et prêtes à tout faire pour profiter des richesses extraites de leurs terres ancestrales. D’ailleurs, la patronne d’Areva, Anne Lauvergeon, ne s’y est pas trompée, en fonçant tout droit à Imouren (66, 65% des parts pour Areva, le reste pour l’Etat du Niger) lors de son dernier voyage au Niger, courant octobre. C’est dans cette zone que va débuter une nouvelle exploitation d’uranium sur fond de contestation touarègue et de promesses, tant de la partie française que du gouvernement nigérien lui-même. Très influents chez les touarègues nigériens et maliens, Alger et Tripoli détiennent une partie des clés de la région. De là vient la paralysie partielle de Bamako dans la lutte contre AQMI. Difficile d’envoyer un soldat malien dans la région sans réveiller une rébellion qui, à défaut de combattre AQMI, partage avec elle le même territoire et, parfois, les mêmes armes. Le gouvernement malien, qui n’a pas la même vision qu’Alger, préférerait sans doute s’amputer une jambe (en l’occurrence le nord du Mali) que de courroucer un voisin trop puissant et qui pourrait manipuler l’AQMI à défaut de le contrôler.

Adama Wade

jeudi 29 avril 2010

Une force régionale contre Al-Qaida au Maghreb

L'Algérie, le Niger, le Mali et la Mauritanie engagent 25 000 hommes dans la luttecontre les terroristes islamistes, qui utilisent le désert du Sahel comme sanctuaire.

Est-ce la fin d'Al-Qaida au Maghreb islamique ? Pas encore. Mais les États limitrophes du Sahel semblent ¯ enfin ¯ décidés à mettre le paquet pour éradiquer les quelques centaines de djihadistes qui, depuis un peu plus de trois ans, multiplient les embuscades dans cette immense bande désertique...

La ville de Tamanrasset, dans le sud algérien, héberge depuis le début du mois un quartier général, chargé de coordonner les militaires algériens, maliens, nigériens et mauritaniens engagés dans la traque. « Il y a dès à présent 25 000 soldats à sa disposition. Ce chiffre passera à 75 000 d'ici à 2012 »,annonçait, mardi, la télévision d'Alger.

Les Occidentaux encourageaient de longue date cette coopération, essentielle à leurs yeux pour lutter contre l'Aqmi. Cette émanation du GSPC algérien a prêté allégeance à Ben Laden, recruté dans toute la région et multiplié les attaques contre des Européens, depuis l'assassinat, en 2007, de quatre touristes français en Mauritanie. Ses commandos échappent à leurs poursuivants, en jouant à saute frontière et en achetant la protection de groupes rebelles touaregs.

Rapts et enlèvements

Rien qu'en 2009, une dizaine d'Occidentaux ont été enlevés, principalement le long de la frontière entre Niger et Mali. Si le Français Pierre Camatte a été relâché en février, contre la libération de quatre islamistes maliens, le Britannique Edwyn Dyer a eu moins de chance. Ses ravisseurs l'ont tué, en juin 2009, Londres ayant refusé de libérer le Palestinien Abou Qatada, l'un des principaux idéologues d'Al-Qaida. Plusieurs Européens sont toujours retenus dans le désert, dont un Français de 78 ans kidnappé la semaine passée au Niger.

Si l'Aqmi n'a jamais perpétré d'attentat hors d'Afrique, son chef, Abdelmalek Droukdel, et le n°2 d'Al-Qaida, Ayman el-Zawahiri, profèrent régulièrement des menaces, en particulier contre la France et l'Espagne. Des menaces prises au sérieux par les renseignements occidentaux : l'enlèvement contre rançon, le trafic de cigarettes et de drogue ont permis à l'Aqmi de se renforcer et de recruter des jeunes, entraînés, loin de tout, au maniement des armes et des explosifs.

Ouest France