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samedi 30 octobre 2010

Le Ministre mauritanien de la Défense en conférence de presse : « Au Mali, nous n’avons bombardé que des terroristes »


En marge du débat national sur le terrorisme et l’extrémisme qui est en cours à Nouakchott, le ministre mauritanien de la Défense, Hamady Ould Hamady a donné une conférence de presse ce mercredi 27 Octobre au Palais des Congrès de Nouakchott. Pour lui, il n’y a que l’armée mauritanienne qui a mené les opérations militaires et il a nié avoir fait des victimes civiles maliennes : c’était des terroristes qu’on a bombardés.
Le Débat national sur le Terrorisme et l’extrémisme auquel prend part la classe politique (majorité et opposition), des universitaires, les media, des leaders d’opinion, des religieux, s’est ouvert le dimanche 24 Octobre, sous la présidence du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Des Maliens, Sénégalais, Nigériens, Marocains et Algériens prennent part à ce débat, mais qui n’en fait pas une rencontre internationale, a tenu à rappeler le ministre de la Défense, Hamady Ould Hamady.« Mais nous savons que ce qui se passe en Mauritanie les concerne, tout comme ce qui se passe chez eux nous concerne. C’est pourquoi nous avons invité des voisins ».
Des conférenciers ou des penseurs de renoms sont arrivés en provenance de divers pays pour plancher avec les Mauritaniens sur cette préoccupation qui n’est pas que mauritanienne, mais qui concerne le vaste espace sahélo saharien.
La Mauritanie, a précisé le ministre de la Défense, a décliné sa stratégie de lutte contre le terrorisme en plusieurs axes : religieuse et doctrinal, académique, médiatique, droit en matière de lutte contre le terrorisme, segment politique et axe sécuritaire. Au cours de ce ‘’débat national’’, chacun de ses axes fait l’objet d’un thème qui est traité par des spécialistes du domaine concerné.
Le ministre mauritanien de la Défense ne pouvait échapper à une question sur le bilan des opérations militaires qui se sont prolongées jusqu’en territoire malien. « Ces opérations ont été menées suivant une stratégie consciente et délibérée. Une stratégie offensive pour empêcher les terroristes d’attaquer notre territoire. C’est ce que nous avons fait en juillet et en Septembre, nous avons anticipé, attaqué et détruit des bases des salafistes que nous avons identifiées. Nous les avons repoussé en dehors de notre territoire ». Le bilan selon le ministre Hamady Ould Hamady est de 8 morts et des blessés légers qui n’ont pas nécessité une évacuation à l’étranger. 
Pourquoi l’armée mauritanienne n’a donc pas réagi aux attaques de garnisons et a décidé maintenant d’entrer en action ? Parlant de l’armée de ces précédents gouvernement, le ministre a souligné que la sécurité c’est la capacité d’une armée à faire face aux menaces. « Une armée délabrée ne peut pas faire face aux menaces. Le défi de la sécurité est l’enjeu majeur de la Mauritanie, parce que sans la sécurité, il n’y a pas de développement. Elle passe avant la démocratie. Nous accordons une priorité absolue au renforcement de notre armée, notre gendarmerie, notre police ». Depuis 2008, on n’a jamais attaqué une garnison militaire, a-t-il indiqué.
Concernant les opérations militaires, le ministre de la défense a soutenu que ses militaires n’ont fait aucun raid avec les Français. « Nous avons bénéficié de l’assistance technique militaire française. C’est l’armée mauritanienne qui a mené un raid sur un camp qu’elle a identifié. Il y avait la préparation d’une attaque contre une garnison mauritanienne ». Nous comptons sur nous-mêmes. Interpellé sur des civils tués au Mali par des militaires mauritaniens lors de ses opérations, le ministre a signifié « ce que nous avons bombardé au Mali, il s’agissait de véhicules terroristes. Je ne sais pas pourquoi des civils maliens se sont trouvés avec des terroristes ». Le ministre a déclaré que de toutes les façons, l’explication a été donnée au Président Amadou Toumani Touré.


B. Daou
Envoyé spécial à Nouakchott

lundi 9 août 2010

Nouakchott contre-attaque


Le raid franco-mauritanien est vu comme un succès par Nouakchott.Le raid franco-mauritanien est vu comme un succès par Nouakchott.© Archives AP/Sipa

Si le raid du 22 juillet contre un camp d’Aqmi n’a pas permis de sauver l’otage français Michel Germaneau, il n’en est pas moins considéré comme un succès en Mauritanie, dont l’armée a marqué un point contre les djihadistes.

Le raid militaire mené par Paris et Nouakchott contre un camp d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) le 22 juillet n’a pas sauvé de la mort l’otage français Michel Germaneau. En Mauritanie, il est pourtant considéré comme un succès. Dès le 23 juillet au matin, le ministre de l’Intérieur, assurant l’intérim de son homologue de la Défense, alors en voyage au Mali, a expliqué qu’il avait permis de prévenir une attaque contre la garnison militaire de Bassikounou, dans l’est du pays. Il a ensuite décrit le matériel saisi par les troupes : téléphones portables, munitions, armes, composants d’explosifs… Puis s’est félicité du bilan humain de l’opération : 6 morts au sein d’Aqmi (le chiffre sera ensuite porté à 7, un combattant ayant succombé à ses blessures). Le soir même, la télévision nationale diffusait des images macabres de jeunes barbus en sang gisant sur le sable.

La Mauritanie veut afficher sa capacité militaire à mater les terroristes. Selon Laurent Prieur, journaliste à Nouakchott, deux chefs opérationnels d’Aqmi figurent en effet parmi les morts. L’un d’entre eux était chargé des opérations militaires contre la Mauritanie. Ils appartenaient à la katiba – « le camp » – de Yahya Abou Hammam, commanditaire de l’enlèvement d’un couple italo-burkinabè aux confins du Mali, en décembre dernier.

Lourd tribut

Jusqu’alors, le terrorisme avait fait payer un lourd tribut au pays. Sur les 15 opérations recensées depuis 2005 (voir carte), 9 ont eu lieu sur son territoire. Deux d’entre elles ont été particulièrement sanglantes pour l’armée : Lemgheity, en juin 2005, qui a coûté la vie à quinze soldats, et Tourine, en septembre 2008, au cours de laquelle onze militaires et leur guide, qui s’étaient rendus en pleine nuit au-devant d’une colonne de véhicules suspects, ont été décapités, et leurs corps remplis d’explosifs.

Le contraste entre le traumatisme de Tourine et les résultats du raid du 22 juillet explique la satisfaction mauritanienne, aussi étrange puisse-t-elle paraître en France. Depuis 2008, l’armée mauritanienne a changé. Trois groupements spéciaux d’intervention (GSI) – des unités mobiles de deux cents hommes entraînés à quadriller le désert – ont été mis sur pied. Six instructeurs français dispensent leur formation à Nouakchott et à l’École interarmes d’Atar. Quarante-cinq points de passage sur les frontières ont été créés. « Il y a désormais une bonne évaluation de la menace », explique une source française. Mais aussi, au lendemain du raid du 22 juillet, un risque de représailles

Marianne Meunier

Jeune Afrique.com

Le Président mauritanien dévoile son nouveau plan pour lutter contre AQMI


Dans un discours à la nation à l'occasion de sa première année au pouvoir, Abdel Aziz s'est engagé à lutter contre le terrorisme d'al-Qaida dans le pays et à l'étranger.

Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud | Magharebia

[Watt Abdel Jelil/AFP/Getty Images] "Nous agirons à l'intérieur comme à l'extérieur de la Mauritanie pour défendre notre pays", a déclaré le Président Mohammed Ould Abdel Aziz le 4 août.

Deux semaines après avoir commandé une importante opération militaire contre un camp d'entraînement d'al-Qaida au Maghreb islamique dans le désert malien, le Président mauritanien Mohammed Ould Abdel Aziz a réaffirmé sa volonté de lutter contre le groupe terroriste.

Dans un discours au peuple mauritanien prononcé mercredi 4 août, à l'occasion du premier anniversaire de son élection, Abdel Aziz a parlé de l'impact du groupe sur son pays et chez ses voisins du Maghreb.

"Le terrorisme que nous connaissons et combattons est à la base un terrorisme régional ; c'est le même terrorisme qui menace la sécurité du Sahel", a-t-il déclaré. "Nous avons été attaqués en 2005 dans la garnison frontalière de Lemgheity, où nous avons perdu 15 soldats. En 2007, nous avons perdu 3 soldats à El Ghallawiya, et en 2008, nous en avons perdu 12 autres et un officier. Cela veut dire que 31 éléments de nos forces armées et de sécurité ont été abattus par des terroristes venus de pays voisins."

Le Président a ensuite parlé d'un nouveau plan pour lutter contre ce groupe : "Nous avons constitué des forces spéciales, dont la mission est de lutter contre le terrorisme sur une base rapide et permanente. Nous protégerons notre pays et avons fourni, et continuerons de fournir à nos forces de sécurité et de renseignement les moyens nécessaires. Nous ne resterons pas inactifs."

Nous sommes opposés au paiement de rançons, et à l'échange d'otages contre des terroristes, parce que le premier permet de financer le terrorisme et le dernier encourage les terroristes à poursuivre leurs actions méprisables", a ajouté Abdel Aziz. "Nous avons par conséquent décidé de les combattre en utilisant nos propres moyens, et nous mettrons tout en oeuvre pour développer nos agences de sécurité."

Concernant la poursuite par l'armée mauritanienne des éléments d'al-Qaida sur le territoire malien, Abdel Aziz a lié l'avenir des opérations militaires contre al-Qaida dans le nord du Mali à la présence de dangers menaçant la sécurité de son pays.

"Lorsque nous constaterons qu'il existe une menace ou un danger, nous prendrons les mesures adéquates, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de la Mauritanie, pour défendre notre pays et le protéger de toute attaque potentielle", a-t-il poursuivi.

Le Mali n'a pas fait objection à ces opérations, a-t-il ajouté.

Abdel Aziz a conclu en appelant les "rares" jeunes mauritaniens qui ont rejoint les rangs d'al-Qaida à revenir dans leur pays et à quitter ce qu'il a qualifié de "camps de couards qui se cachent au moment de la confrontation et envoient des jeunes participer à des opérations suicides."

Le politologue Sedigh Ould Mohamed a ainsi expliqué : "Le discours direct du Président au peuple sur les dangers du terrorisme et de l'extrémisme... signifie que la guerre entre la Mauritanie et le groupe terroriste a atteint son sommet et que l'option de la guerre est certaine et inévitable."Magharebia a interrogé plusieurs Mauritaniens qui affichent des opinions différentes sur cette "guerre" déclarée contre AQMI.

Selon Salick Ould Matta, "la déclaration de guerre à AQMI est une étape nécessaire depuis un certain temps. Mais les régimes mauritaniens successifs, à l'exception de celui d'Ould Taya, ont pacifié al-Qaida et évité toute guerre directe contre le mouvement."

Ould Matta a expliqué que "le peuple mauritanien est par nature pacifique et a horreur de l'extrémisme, de l'exagération et des déviances envers l'esprit communautaire, du fait de son origine sunnite malékite qui interdit toute désobéissance envers les dirigeants, le meurtre de Musulmans ou la corruption dans le pays."