mardi 3 novembre 2009

L'esclavage perdure en Mauritanie malgré la loi, estime l'Onu

NOUAKCHOTT - L'esclavage reste de mise en Mauritanie malgré l'abolition officielle de cette pratique multiséculaire, a déclaré mardi une spécialiste des Nations unies au terme d'un séjour de dix jours dans ce pays à cheval entre l'Afrique noire et le Maghreb.
Dans un bidonville de Nouakchott. L'esclavage reste de mise en Mauritanie malgré l'abolition officielle de cette pratique multiséculaire, a déclaré une spécialiste des Nations unies au terme d'un séjour de dix jours dans ce pays à cheval entre l'Afrique noire et le Maghreb. (Reuters/Finbarr O'Reilly)

Dans un bidonville de Nouakchott. L'esclavage reste de mise en Mauritanie malgré l'abolition officielle de cette pratique multiséculaire, a déclaré une spécialiste des Nations unies au terme d'un séjour de dix jours dans ce pays à cheval entre l'Afrique noire et le Maghreb. (Reuters/Finbarr O'Reilly)

Lors d'une conférence de presse, Gulnara Shaninian, rapporteur spécial de l'Onu sur les formes contemporaines de l'esclavage, ses causes et ses conséquences, a indiqué que la législation de 2007 criminalisant cette pratique n'est pas correctement appliquée dans les faits.

Selon elle, les victimes ne sont pas incitées à dénoncer publiquement les abus subis.

"Il existe en Mauritanie toutes les formes d'esclavage: travail des enfants, travail domestique, mariages d'enfants et trafic d'être humains", a-t-elle dit.

"La législation n'est qu'un simple chiffon de papier si elle n'est appliquée dans les faits", a-t-elle ajouté, invitant les pouvoirs publics à étoffer l'arsenal législatif existant par des lois spécifiques propres aux pratiques en matière de travail, de citoyenneté et d'immigration.

Les ONG mauritaniennes de défense des droits de l'homme évaluent à 18%, sur une population totale d'environ trois millions, le nombre d'habitants de ce pays semi-désertique vivant dans l'esclavage, une pratique ancrée dans une solide tradition de maîtres arabo-berbères possédant ou exploitant la communauté négro-africaine.

Boubacar Messaoud, du groupe de pression anti-esclavagiste SOS Esclaves, s'est réjoui des conclusions du rapporteur spécial des Nations unies.

"Le fait qu'elle reconnaisse ces réalités est un motif de satisfaction pour nous. Cela nous aidera à convaincre les autorités de lutter contre ce problème".

Reuters

samedi 31 octobre 2009

La France discréditée par son soutien au régime Ben Ali

Nul besoin d'épiloguer longuement sur les résultats des élections présidentielle et législatives tunisiennes du 25 octobre. En s'accordant un score inférieur à 90 % des voix - officiellement de 89,62 % -, le président Ben Ali a cherché à éviter les sarcasmes que lui avaient valus les scores à la soviétique des précédents scrutins (99 % et 95 % des suffrages).

Toutes les grandes figures de l'opposition ont ainsi été écartées de la course à la présidence. Le seul "vrai" candidat de l'opposition, qui ait été autorisé à concourir, Ahmed Brahim, du parti Ettajdid, un homme sans charisme mais à la réputation d'intégrité, s'est vu attribuer le score ridicule de 1,57 % des suffrages. En revanche, deux autres prétendants à la magistrature suprême, totalement inconnus du grand public, se sont vu décerner respectivement 5,01 % et 3,80 % des voix. Il faut dire qu'en dépit de leur statut officiel d'"opposants", ils avaient fait campagne en faveur du président Ben Ali !On ne répétera jamais assez à quel point le "pluralisme" politique mis en avant par le palais de Carthage à l'intention de l'étranger est une mascarade. Le chef de l'Etat tunisien choisit soigneusement ses opposants. Il dessine lui-même la carte politique de la Tunisie, sur laquelle le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), doit garder l'absolue mainmise par le biais d'un clientélisme et d'un maillage policier difficilement imaginables. Ben Ali élimine par avance, à coups d'amendements électoraux taillés sur mesure, tous ceux qui pourraient lui faire de l'ombre, quand bien même ces derniers ne risqueraient pas une seule seconde de l'emporter. Il récompense les uns, humilie les autres, alors que la situation plutôt prospère de la Tunisie et sa stabilité pourraient l'amener, au contraire, à ouvrir l'espace politique et instaurer une véritable démocratie.

Il faut cesser de se laisser prendre au langage du palais de Carthage, selon lequel la Tunisie de Ben Ali est "une démocratie émergente et perfectible". Un argumentaire soigneusement mis au point à Tunis, où l'on sait que ce ton bonasse, faussement modeste, a toutes les chances de séduire les visiteurs occidentaux.

Si elle est performante en matière économique - mais pas autant qu'elle le pourrait, compte tenu de l'inhibition des entrepreneurs face au comportement prédateur des proches du pouvoir -, la Tunisie de Ben Ali ne progresse en rien sur la voie de la démocratie, et n'en a nulle intention. Quiconque émet une voix discordante est systématiquement combattu, et voit sa vie rendue infernale par une série de représailles dont on n'a pas idée en France : Agressions physiques graves ; filatures collantes ; courriers électroniques détournés ; domiciles assiégés ; asphyxie alimentaire, suite aux interdits professionnels ; campagnes de presse diffamatoires, et souvent même obscènes quand il s'agit de femmes. Et cela, en toute impunité...

Car porter plainte contre ces méthodes de voyou est inutile : les plaintes sont systématiquement classées sans suite. La justice tunisienne est totalement instrumentalisée. On ne compte plus les obscures procédures déclenchées contre tel ou tel opposant ou militant des droits de l'homme, qui se voit soudain écroué ou interdit de quitter le territoire tunisien, au motif qu'il est l'objet d'une plainte, opportunément déposée ou exhumée, mais entièrement ignorée de l'intéressé.

"Etat de droit", "démocratie", "multipartisme" et "transparence" font partie du vocabulaire préféré du régime tunisien. On ne peut exclure que le président Ben Ali, qui commence donc un cinquième mandat après vingt-deux ans de pouvoir sans partage, finisse par croire à ces mots totalement vides de sens dans son propre pays. Mais les capitales européennes, elles, ne peuvent pas être dupes. Elles savent bien que l'espace des libertés ne grandit pas en Tunisie, contrairement à ce qu'affirmait M. Sarkozy lors de sa visite officielle à Tunis, en avril 2008.

Les Tunisiens eux-mêmes sont lucides. Un certain confort matériel, la peur de représailles ainsi que la crainte de l'inconnu les poussent à s'accommoder d'un régime, qu'en privé, les uns et les autres avouent exécrer, en particulier pour la façon dont il pille sans vergogne les richesses du pays. Dans le moindre petit village reculé de Tunisie, il se trouve toujours un intellectuel, instituteur ou autre, pour rappeler avec ironie et amertume les propos de Nicolas Sarkozy, le jour de son installation à l'Elysée, le 16 mai 2007 : "Je ferai de la défense des droits de l'homme (l'une des deux) priorités de l'action diplomatique de la France dans le monde."

En continuant à soutenir aveuglément le président Ben Ali, en le félicitant pour sa "victoire"comme elle l'a fait il y a quelques jours, et en l'assurant de son entier "soutien" sans la moindre distance critique - à la différence des Etats-Unis -, la France pratique une politique à courte vue. Et cela au nom d'intérêts économiques, de lutte contre le terrorisme et l'immigration clandestine ou de la relance d'une Union pour la Méditerranée moribonde. Un jour viendra où il faudra pourtant rendre des comptes. La France s'apercevra alors qu'elle a perdu l'essentiel de son prestige et de sa crédibilité.

Florence Beaugé

vendredi 30 octobre 2009

Pas de saisons pour la malnutrition à Nouakchott


Photo: Anne Isabelle Leclercq/IRIN
Nené Koné prépare la bouillie composée de riz, poisson et légumes, distribuée aux enfants au centre de santé de Dar Naim
NOUAKCHOTT, 30 octobre 2009 (IRIN) - Au centre de santé de Dar Naim, un quartier populaire de Nouakchott, le bâtiment qui accueille les enfants souffrant de malnutrition ne désemplit pas : contrairement aux régions rurales où les saisons et l’état des récoltes ont une influence sur les pics de malnutrition, dans la capitale, ce phénomène est relativement constant tout au long de l’année.

La dernière enquête nutritionnelle menée par le ministère de la Santé et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), selon la méthodologie SMART en juillet, pour évaluer la situation nutritionnelle des enfants en période de soudure, a révélé que trois régions du pays (Sud-Est, Sud et Centre) enregistraient des taux de malnutrition aigue globale (GAM, en anglais) élevés, jusqu’à 19,2 pour cent dans le Centre – bien au-delà du seuil de 15 pour cent fixé par l’Organisation mondiale de la santé pour définir une situation grave nécessitant des interventions d’urgence.

Dans ces zones rurales, les causes de la malnutrition sont généralement multiples, a noté le docteur Mohamed Moustapha Kane, chef du service nutrition au ministère de la Santé.

Au-delà de la pauvreté qui frappe l’ensemble du pays – plus de 46 pour cent de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon les Nations Unies - et de la période de soudure, traditionnellement difficile, ces zones « sont des régions agropastorales, mais tout le monde n’a pas de [bétail ou de terres]. Il y a également l’ignorance des débouchées et des [bonnes pratiques nutritionnelles], l’enclavement et le manque d’infrastructures : accès à la santé, l’eau potable ou [l’hygiène] ».

Le taux de GAM est beaucoup moins élevé à Nouakchott que dans ces régions, avec 7,9 pour cent, selon l’enquête SMART de juillet 2009. Mais à la différence des zones rurales, les saisons ont peu d’influence sur le phénomène dans la capitale : l’enquête SMART de décembre 2008, en période post-récoltes, a révélé un taux de 5,9 pour cent à Nouakchott. En comparaison, ce taux était de 11,9 pour cent dans la région Centre.

Quelque soit la période de l’année, le problème de la disponibilité des denrées alimentaires ne se pose pas en milieu urbain, ont noté plusieurs acteurs. D’après Nené Koné, qui s’occupe de la malnutrition des enfants au centre de santé de Dar Naim depuis 1991, c’est le manque de moyens qui explique en grande partie la perpétuation de ce problème à Nouakchott.

Lorsque les mères arrivent au centre avec leurs enfants, « le principal problème qui revient c’est la grande pauvreté », a dit Mme Koné à IRIN. « Si la maman a faim parce qu’elle n’a pas mangé,elle n’a pas de lait [pour allaiter] ».


Photo: Anne-Isabelle Leclercq/IRIN
Tahya Sidiekhreye prend soin de son petit-fils âgé de 15 mois, qui souffre de malnutrition sévère
« Les familles sont très endettées, toute l’année », a ajouté Isabel Marco, de l’ordre des Filles de la charité, qui soutient le centre. Et l’explosion du prix des denrées alimentaires sur le marché mondial en 2008 a aggravé la situation des ménages urbains qui ne produisent pas et doivent tout acheter : les 25 litres de lait se sont vendus jusqu’à 35 000 ouguiyas (134 dollars), contre 53 dollars en 2004, a rappelé Mme Marco. Ils coûtent aujourd’hui 24 000 ouguiyas (92 dollars) – soit l’équivalent du revenu minimum mensuel dans un pays où « culturellement, on boit beaucoup de lait ».

La malnutrition des enfants en milieu urbain est également liée à la dégradation de la situation économique de la majorité des Mauritaniens au cours des dernières décennies : Tahya Sidiekhreye, âgée d’une cinquantaine d’années, a élevé « plusieurs » enfants, elle est arrivée au centre de Dar Naim début octobre avec son petit-fils, âgé de 15 mois, qui souffrait de malnutrition aigue sévère.

« Je n’ai jamais eu ces problèmes avec mes enfants : avec mon mari, on a toujours réussi à se débrouiller [pour les nourrir], mais maintenant, c’est trop difficile », a-t-elle dit. « Cela fait quatre mois que [mon petit-fils] est malade et je n’ai pas les moyens de le soigner. [Sa mère] ne travaille pas, son père est chômeur, ils ne peuvent pas s’en occuper ».

Si c’est elle qui s’occupe de son petit-fils, c’est aussi parce que sa fille ne sait pas faire, a-t-elle dit : la mère de l’enfant a 15 ans. Le manque de connaissances nutritionnelles, lorsque la mère manque de lait et ne peut pas allaiter, et, dans le cas du milieu urbain notamment, l’évolution des pratiques, favorisent également la malnutrition, ont noté plusieurs acteurs.

« L’allaitement était très valorisé socialement par le passé, mais il y a un phénomène de mode [qui consiste à] donner du lait de substitution », a dit à IRIN Brahim Ould Isselmou, chargé de communication à l’UNICEF. Au-delà du coût élevé de cette pratique – une boîte de lait maternisé est vendue environ 1 600 ouguiyas (six dollars) pour cinq jours –, cela perturbe les habitudes. « Au bout de quelques mois, les mamans sont désorientées et on peut en voir qui donnent de la viande à des bébés de six mois ».

Même s’il est plus facile d’accéder aux services de santé en milieu urbain qu’en milieu rural, la qualité de la prise en charge de la malnutrition n’est pas pour autant garantie partout, comme Mme Sidiekhreye en a fait l’expérience : avant de finalement franchir la porte du centre de santé de Dar Naim et de pouvoir y faire soigner son petit-fils, elle a commencé par consulter un médecin privé qui l’a référée à un hôpital, l’enfant présentant des signes inquiétants. « Il vomissait beaucoup, il était déshydraté, mais ils ne l’ont pas hospitalisé : ils m’ont fait une ordonnance pour du [paracétamol] et m’ont renvoyée, c’est tout », a-t-elle raconté.

Pour harmoniser la prise en charge de la malnutrition et tenter de remédier entre autres à ces problèmes de qualité des soins, les autorités ont élaboré en 2007 un protocole national, auquel tous les centres sont censés, petit à petit, se conformer, et qui institue la standardisation des modes de mesures, référence, prise en charge et suivi de la malnutrition. Comme dans d’autres centres, les personnels de Dar Naim sont actuellement formés à ce protocole, avec le soutien de l’UNICEF.
IRIN

Le mirage du Maghreb uni, par Jean-Pierre Tuquoi

Dans le message de félicitations qu'il a adressé au président Ben Ali au lendemain de sa réélection, le 25 octobre, à la tête de la Tunisie, le roi Mohammed VI du Maroc n'a pas manqué d'évoquer, parmi les chantiers qui attendent Ben Ali, la poursuite de "l'édification de l'Union du Maghreb (arabe, l'UMA)".

Le dossier du Sahara occidental n'est pas responsable de l'échec d'un projet imaginé à la fin des années 1950 par des nationalistes aux idées larges. Même si l'Algérie et le Maroc tombaient enfin d'accord sur l'avenir des Sahraouis et de leurs terres désertiques, le chantier de l'UMA resterait en plan.Depuis 1989, l'année de sa mise en orbite,"l'édification du Maghreb" revient comme un leimotiv dans les discours officiels, y compris de ce côté-ci de la Méditerranée. Mais en pratique, rien n'avance. Le Maghreb uni reste un rêve, même si, sur les hauteurs d'Alger, un magnifique bâtiment de style colonial abrite un fantomatique Conseil consultatif de l'Union du Maghreb. Le dernier sommet des cinq chefs d'Etat concernés date de 1994.

Le problème est plus profond. Si les trois pays phares du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) ne parviennent pas à se rapprocher malgré les bénéfices promis par les experts (1 % de croissance supplémentaire au bas mot), c'est parce que, depuis des décennies, des régimes autoritaires les dirigent et qu'ils verrouillent les structures transfrontalières.

Tout ce qui menace le monopole du pouvoir central est tenu en suspicion ou combattu. Qu'il s'agisse de créer des syndicats maghrébins libres, de favoriser les investissements économiques et financiers de part et d'autre des frontières, de rapprocher les systèmes judiciaires, de multiplier les échanges culturels, les murailles sont là, toujours aussi hautes. Du coup, les peuples du Maghreb s'ignorent. En témoigne l'absence de reportage dans la presse maghrébine sur ce qui se passe dans les pays voisins. Les journalistes font plus volontiers le voyage à Paris qu'à Tunis, Alger ou Rabat. "Les seuls à croire au Maghreb unifié sont les combattants d'Aqmi, Al-Qaida au Maghreb islamique. Ils se jouent des frontières", note un journaliste.

Un projet, cher au président algérien, permet de toucher du doigt le fossé qui sépare les régimes d'Afrique du Nord, et la concurrence qui les anime. En début de semaine, Alger a lancé l'appel d'offres pour la construction de ce que les habitants appellent déjà la "grande mosquée". Implantée sur un terrain d'une vingtaine d'hectares en face de la baie d'Alger, elle comportera, outre la salle de prière, une école d'enseignement du Coran, une bibliothèque, et un auditorium.

Le minaret de l'édifice culminera à 270 mètres de hauteur, ce qui en fera la troisième mosquée la plus haute du monde, après celle des lieux saints de l'islam, La Mecque et Médine. Mais devant celle de Casablanca, la mosquée Hassan- II, qui n'a que 200 mètres !


Le Monde

Jean-Pierre Tuquoi

jeudi 29 octobre 2009

Paris mise sur le régime putschiste en Mauritanie

Des partisans de Mohamed Ould Abdel Aziz, le 7 août 2008.

Reuters - Des partisans de Mohamed Ould Abdel Aziz, le 7 août 2008.

Pour combattre le terrorisme, la France mise sur un régime de Mohamed Ould Abdel Aziz. Calcul aventureux.

Au nom de la lutte antiterroriste, la France s'est empressée d'absoudre le putschiste mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, parvenu au pouvoir en août 2008, puis d'avaliser, moins d'un an plus tard, son élection à la hussarde. Point d'orgue, la visite à Paris du général ainsi "normalisé", censée s'achever ce 29 octobre. Face à la hantise des fous d'Allah, les principes démocratiques ne pèsent pas lourd.

De fait, l'activisme d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), avatar des maquis djihadistes algériens, menace tout l'espace saharo-sahélien, du Sud marocain aux confins du Tchad, via le Niger et le Mali. Un kamikaze a d'ailleurs sévi, le 8 août dernier, aux portes de l'ambassade de France,à Nouakchott.

Le souci d'enrayer les trafics -armes, drogue, migrants - qui prospèrent dans un tel pot au noir peut justifier l'intensification de la coopération sécuritaire, qu'atteste le récent séjour mauritanien du général Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des armées.

"Mauvais calcul, objecte Ely Ould Mohamed Vall, lui-même auteur d'un coup d'Etat en 2005, mais qui orchestra la transition avant de s'effacer au profit d'un président élu. On ne peut vaincre le terrorisme qu'avec un pouvoir stable et légitime. Or celui d'Abdel Aziz n'est ni l'un ni l'autre."

Vincent Hugeux

Mohamed Ould Abdel Aziz à Reporters sans frontières : "Mon objectif est de libéraliser la presse"

Lors d’une rencontre avec le chef de l’Etat mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, le 27 octobre 2009, une délégation de Reporters sans frontières a obtenu l’assurance que la liberté de la presse fait et fera partie de ses priorités. Le Président, en visite officielle à Paris, a réservé un accueil chaleureux à l’organisation et a affirmé sa volonté d’œuvrer pour améliorer la situation de la liberté de la presse dans son pays.

"Mon intention est d’encourager la liberté de la presse et la liberté d’expression de tous les Mauritaniens. Malgré toutes les insultes dont j’ai pu être victime, j’ai comme principe de ne jamais attaquer la presse de quelque manière que ce soit. Je pense que les personnalités publiques qui n’acceptent pas ce principe devraient changer de métier", a affirmé Mohamed Ould Abdel Aziz aux représentants de Reporters sans frontières. "J’ai décidé de mettre fin au système de publicité étatique qui encourageait la corruption. Aujourd’hui, l’Etat finance 80% de l’impression de la presse privée à travers l’imprimerie nationale. C’est un effort imporant, et je pense qu’il devrait d’abord aider les journaux réguliers", a ajouté le chef de l’Etat mauritanien.

Une semaine après la publication du classement mondial de la liberté de la presse, dans lequel la Mauritanie se situe à la centième position, enregistrant un gain de cinq places par rapport à l’année 2008, la discussion avec le chef de l’Etat, élu le 4 août 2009, a porté sur la situation actuelle des médias dans le pays et les progrès enregistrés depuis 2005.

Reporters sans frontières a notamment insisté sur :

- l’urgence de promulguer le décret d’application de la loi sur l’audiovisuel favorisant la libération effective des ondes ;

- la nécessité d’assainir le secteur des médias ;

- l’intérêt pour la Mauritanie de combler le vide juridique concernant la presse en ligne. Le cas du directeur de publication du site Internet Taqadoumy, Hanevy Ould Dehah, emprisonné depuis le 18 juin 2009 et condamné à six mois de prison, a été évoqué.

Le président de la République islamique de Mauritanie a promis de se saisir de l’ensemble de ces dossiers.

Reporters Sans Frontières

mercredi 28 octobre 2009

Paris et Nouakchott normalisent leurs relations

La visite en France du président mauritanien Abdel Aziz, qui a rencontré ce mardi son homologue français Nicolas Sarkozy, marque la normalisation des relations entre Paris et Nouakchott. Depuis deux ans, la Mauritanie est la cible d'attaques de la mouvance d'al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a notamment revendiqué l'attentat-suicide perpétré en août près de l'ambassade de France à Nouakchott et dans lequel deux gendarmes avaient été légèrement bléssés.

La coopération millitaire entre la France et la Mauritanie, ne date pas d'hier. A la fin des années 1970 l'armée française était régulièrement intervenue en Mauritanie pour lutter contre la guérilla du Front Polisario et sécuriser le chemin de fer qui mène aux mines de Zouérate.

En avril 1986 un accord militaire technique avait été conclu avec Nouackchott. Aujourd'hui la coopération millitaire française est donc axée sur la lutte contre le terrorisme. La France devrait apporter une aide à la formation des personels mauritaniens et peut-être aussi livrer ou céder certains matériels ( il n'est pas question d'armes pour le moment mais plutôt de véhicules).

Poignée de main entre le président français Nicolas Sarkozy et le président mauritanien Ould Abdel Aziz sur le perron de l'Elysee, le 27 octobre 2009.( Photo : Gonzalo Fuentes / Reuters )

Poignée de main entre le président français Nicolas Sarkozy et le président mauritanien Ould Abdel Aziz sur le perron de l'Elysee, le 27 octobre 2009.
( Photo : Gonzalo Fuentes / Reuters )

Pour le ministère français de la Défense, cette visite du président Mohamed Ould Abdel Aziz va permettre d'identifier les « besoins » de la Mauritanie en matière millitaire. Aprés le coup d'Etat du 6 août 2008, l'Union européenne et la France avaient suspendu leur coopération avec Nouakchott.

Aujourd'hui la présence millitaire française en Mauritanie est donc « très modeste » précise le ministère de la Défense. Officiellement, il n'y a qu'un groupe de huit formateurs, dont six officiers répartis entre la capitale Nouackchott et le camp d'Atar au coeur du massif de l'Adrar à plus de 400 kilomètres de la capitale.

C'est aussi là que se trouve une base arrière des GLAT, les groupements de l'armée mauritanienne de lutte antiterroriste qui patrouillent dans le désert pour empêcher les infiltration des millitants d'al-Qaïda pour le Maghreb islamique.

Avec la normalisation des relations entre Paris et Nouakchott, la coopération millitaire entre les deux pays devrait se renforcer. Au début du mois, le chef d'état major des armées le général Jean-Louis Georgelin a fait le déplacement en Mauritanie. Déja la France a cédé quelques véhicules 4X4 de type « Land Rover » à l'armée mauritanienne.

On parle aussi d'une vente d'avions d'entraînement « Tucano ». Cet avion a été retiré de l'armée de l'Air française au mois de juillet mais il pourrait reprendre du service sous les couleurs mauritaniennes comme avion d'observation.

RFI