L'enlèvement au Niger de sept expatriés étrangers, dont cinq Français, a été revendiqué par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) dans un message audio diffusé mardi 21 septembre par la télévision Al-Jazira, du Qatar. Que sait-on aujourd'hui de l'organisation ? Ses origines ? Sa structure ? Ses ambitions ? Eclairage.
Qu'est-ce qu'AQMI ?
AQMI est née de l'intégration, en janvier 2007, du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) dans Al-Qaida, le réseau d'Oussama Ben Laden. Organisation djihadiste algérienne, le GSPC était apparu en 1998, à l'époque des massacres de masse perpétrés par le Groupe islamique armé (GIA). Après avoir fait allégeance à la mouvance Al-Qaida, le groupe a étendu sa zone d'action à l'ensemble du Sahel, de la Mauritanie au Tchad, en passant par le Mali, le Niger et le Nigeria.
"Lors de la création d'AQMI, l'objectif qui lui était assigné par Ben Laden, c'était l'Europe", mais faute d'atteindre le Vieux Continent, le mouvement s'est concentré et rabattu sur le Sahara, rappelle Jean-Pierre Filiu, professeur au Centre d'études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po. C'est "une région dans laquelle elle était déjà présente et où elle a intensifié ses actions en ouvrant de nouveaux fronts, notamment au Niger, en 2009", note l'auteur des Neuf vies d'Al-Qaida.
Par qui AQMI est-elle dirigée ?
AQMI est dirigée depuis 2004 par Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud. Agé d'une quarantaine d'années, l'homme a vu le jour à Meftah, dans la banlieue sud d'Alger. Chimiste de formation, il a rejoint le GIA en 1994. D'après Jeune Afrique, qui lui a consacré un long portrait, son ascension au sein de l'organisation islamiste a été fulgurante. Chef de cellule, puis émir de phalange, il entre en contact avec Al-Qaida dès 2005 par l'intermédiaire du Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, chef de file de l'organisation en Irak.
Adoubé par "La Base", Droukdel installe des camps d'entraînement en Kabylie pour former des candidats djihadistes venus du Maroc, de Libye, de Tunisie, de Mauritanie et d'ailleurs. Dans une interview accordée au New York Times le 1er juillet 2008, il affirme que ses troupes sont essentiellement constituées de militants algériens. Ils seraient deux cents à trois cents rassemblés autour de lui dans les maquis en Kabylie.
Comment AQMI est-elle organisée ?
Dans le Sahel et le Sahara, AQMI est divisée en plusieurs phalanges très mobiles. Ces katibas – l'appellation est empruntée aux unités combattantes de l'Armée de libération nationale (ALN) pendant la guerre d'indépendance algérienne – comptent chacune plusieurs dizaines de militants. Elles sont organisées autour d'un chef, l'émir, désigné par Abdel Malek Droukdel. Les deux principales sont :
- La katiba de l'Ouest, qui frappe surtout en Mauritanie. Son chef, l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, alias Khaled Abou El Abbas, est également surnommé "Mister Marlboro" du fait de son implication dans la contrebande de cigarettes. Entre autres crimes, il a participé à l'enlèvement de deux diplomates canadiens travaillant pour l'ONU en décembre 2008, et au rapt de trois Espagnols en novembre 2009. La libération de ces derniers en août de l'année suivante aurait coûté 8 millions d'euros à Madrid.
- La katiba de l'Est, qui nomadise du sud de la Tunisie au nord du Niger, et de l'est de la Mauritanie au Tchad. A sa tête : Abid Hammadou, alias Abdel Hamid Abou Zeïd. Plus âgé que Droukdel et que Belmokhtar, Abou Zeïd est responsable de l'assassinat du Britannique Edwyn Dyer et de la mort de l'otage français Michel Germaneau. Dans un témoignage recueilli par le magazine Jeune Afrique, l'ancien otage français Pierre Camatte le décrit comme "petit" et "rachitique". "Il fait preuve d'une très grande audace en termes opérationnels. C'est sa plus grande force, avec également le fait qu'il est relativement nouveau au sein du réseau", relève Jean-Pierre Filiu.
Trafics et enlèvements : les "business" d'AQMI
AQMI évolue dans une zone livrée aux trafics en tout genre : cigarettes, drogues, armes... Les islamistes participent à la contrebande, qui constitue, avec les enlèvements d'étrangers et le "business des otages", une source de revenus importante pour l'organisation.
Les chefs touaregs jouent un rôle dans cette économie de la terreur, en revendant parfois des otages aux islamistes du Sahara. "Culturellement parlant, les Touaregs n'ont rien d'islamiste. Mais leur mission traditionnelle consiste à assurer des missions de transport et de contrebande à travers le désert, et ils peuvent donner un coup de main aux djihadistes, contre leur soutien et leur protection", explique un expert interrogé par Le Monde.
Pourquoi la France est-elle visée ?
En raison du soutien de l'ancienne puissance coloniale au régime du président algérien Abdelaziz Bouteflika, de l'engagement de Paris en Afghanistan et de l'interdiction du port du voile à l'école et du niqab dans les lieux publics, la France est particulièrement visée par les islamistes d'AQMI.
La pression sur Paris et ses intérêts dans les pays du Sahara et du Sahel s'est passablement intensifiée depuis l'opération franco-mauritanienne conduite le 22 juillet contre un camp d'AQMI dans le nord du Mali, comme en témoigne une note de la direction générale de la surveillance extérieure (DGSE) à laquelle Le Monde a eu accès.
D'après les experts français, les islamistes d'AQMI ne disposeraient pas de relais logistiques en France pour monter une action sur le territoire national. Toutefois, l'organisation pourrait frapper "soit par l'entremise d'individus déjà présents sur notre sol, soit par l'envoi d'un groupe spécifiquement dédié à cette entreprise s'appuyant sur un support logistique local". Les inquiétudes françaises ont été récemment renforcées par des informations de la CIA signalant le voyage de militants islamistes du Maghreb vers l'Italie.
Le Monde.fr
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dimanche 9 janvier 2011
lundi 22 novembre 2010
La Mauritanie veut conjuguer dialogue national et offensive militaire
Le pays prépare sa stratégie de lutte contre les terroristes d’Al Qaîda au Maghreb islamique
Le gouvernement mauritanien change de stratégie à l’égard d’AQMI : un nouveau plan prévoit de bouter les terroristes hors du territoire national.
Nouakchott (Mauritanie)
De notre envoyé spécial
Le décor est planté depuis plusieurs années. Il devient même coutumier pour les habitants de la capitale mauritanienne, Nouakchott. Devant les hôtels fréquentés par les étrangers, à proximité des ambassades et à l’entrée des institutions du pays, la sécurité est extrêmement renforcée. Des policiers et des militaires armés assurent en permanence la surveillance de ces lieux. Ils ne laissent rien au hasard : pas de stationnement devant les hôtels et les édifices publics pour les taxis, vérification systématique des véhicules et de l’identité des chauffeurs à chaque fois qu’ils passent dans les rues, sombres et désertes, où sont dressés les barrages de police.Nouakchott n’est pas Kaboul ou Baghdad. Mais les attaques terroristes et les enlèvements d’étrangers enregistrés depuis 2005 ont fini par bouleverser les habitudes de ce pays, qui, estiment ses habitués, était calme et paisible, et dont la population pratique un Islam tolérant.
De notre envoyé spécial
Le décor est planté depuis plusieurs années. Il devient même coutumier pour les habitants de la capitale mauritanienne, Nouakchott. Devant les hôtels fréquentés par les étrangers, à proximité des ambassades et à l’entrée des institutions du pays, la sécurité est extrêmement renforcée. Des policiers et des militaires armés assurent en permanence la surveillance de ces lieux. Ils ne laissent rien au hasard : pas de stationnement devant les hôtels et les édifices publics pour les taxis, vérification systématique des véhicules et de l’identité des chauffeurs à chaque fois qu’ils passent dans les rues, sombres et désertes, où sont dressés les barrages de police.Nouakchott n’est pas Kaboul ou Baghdad. Mais les attaques terroristes et les enlèvements d’étrangers enregistrés depuis 2005 ont fini par bouleverser les habitudes de ce pays, qui, estiment ses habitués, était calme et paisible, et dont la population pratique un Islam tolérant.
Aujourd’hui, la donne a changé. Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI) est passée par là. La Mauritanie est à la croisée des chemins. Pays n’ayant, jusque-là, qu’une présence médiatique insignifiante, il est, depuis quelques années, sous les feux de la rampe. A peine sorti de l’instabilité politique engendrée par une multitude de putschs, dont le dernier en date remonte à 2008, le pays est entraîné «malgré lui», comme l’affirment ses dirigeants, dans la spirale du terrorisme. «La menace terroriste nous vient de l’extérieur», affirment les responsables du gouvernement mauritanien et des chefs de partis politiques que nous avons rencontrés à Nouakchott durant la dernière semaine du mois d’octobre dernier. Certes, Al Qaîda est une organisation terroriste internationale. Mais l’islamisme radical en Mauritanie existe bel et bien. Il a même connu une période d’ascension. Et la majorité des attaques kamikazes commises à Nouakchott sont l’œuvre de Mauritaniens affiliés à Al Qaîda. Comment faire face à cet «ennemi extérieur» ?
Rupture diplomatique avec Israël
Les autorités mauritaniennes ont réagi à la menace d’Al Qaîda par l’élimination des facteurs ayant favorisé l’intrusion de cette organisation terroriste dans la société mauritanienne, pour inciter les jeunes à la désobéissance et au «jihad» contre les «impies».
Le premier facteur est la normalisation avec Israël et l’ouverture d’une représentation diplomatique de ce pays à Nouakchott. En effet, la Mauritanie est l’un des rares pays arabes à avoir des relations diplomatiques avec «l’ennemi sioniste». «Cette situation a été exploitée par les terroristes pour recruter des jeunes Mauritaniens. On leur a expliqué que l’objectif est de lutter contre l’ennemi qui opprime les frères palestiniens. On leur a fait croire également qu’en contrepartie ils auront le droit au paradis», expliquent les représentants de la classe politique mauritanienne.
Le premier facteur est la normalisation avec Israël et l’ouverture d’une représentation diplomatique de ce pays à Nouakchott. En effet, la Mauritanie est l’un des rares pays arabes à avoir des relations diplomatiques avec «l’ennemi sioniste». «Cette situation a été exploitée par les terroristes pour recruter des jeunes Mauritaniens. On leur a expliqué que l’objectif est de lutter contre l’ennemi qui opprime les frères palestiniens. On leur a fait croire également qu’en contrepartie ils auront le droit au paradis», expliquent les représentants de la classe politique mauritanienne.
Le deuxième facteur est l’arrestation, par le pouvoir mauritanien, des islamistes et «des oulémas». Dans ce pays où la religion occupe une place importante dans la vie quotidienne de la population locale, l’arrestation des oulémas était perçue comme «une agression» et un «abus de pouvoir».Comme pour donner des gages de «sa bonne volonté», le nouveau régime de Nouakchott procède à l’élimination de ces deux facteurs. Le pouvoir de Mohamed Ould Abdelaziz, président mauritanien, a rompu les relations avec Israël et fermé l’ambassade de ce pays à Nouakchott. Il a également libéré quelques islamistes. «Sur les 75 personnes arrêtées au début du phénomène du terrorisme en Mauritanie, 35 ont été libérées ; parmi elles, il y a même des jeunes recrutés par les réseaux terroristes», explique un journaliste mauritanien.
«Des jeunes égarés»
En plus de ces actions, le gouvernement mauritanien tente de sensibiliser sa population contre le phénomène. Pour cela, il veut impliquer toutes les composantes de la société ; il a, à cet effet, organisé, du 24 au 28 octobre dernier, un débat national sur le terrorisme et l’extrémisme. Un débat durant lequel les participants ont mis l’accent sur le danger du terrorisme, tout en niant la montée de l’extrémisme dans le pays. «Ce phénomène est étranger à la société mauritanienne. Il n’y a pas une montée de l’islamisme dans le pays, mais seulement quelques jeunes égarés qui ont été induits en erreur par les intégristes», estime Mohamed Yahya Ould Horma, vice-président du Parti de l’Union pour la République (UPR). Mais pourquoi ces jeunes sont-ils aussi facilement recrutés ? N’y a-t-il pas de facteurs endogènes qui favorisent l’endoctrinement de la société mauritanienne ?
Si ! rétorque la classe politique mauritanienne. Et parmi ces facteurs, il y a le chômage des jeunes. Le pays compte aujourd’hui, selon les dernières statistiques officielles, 33% de chômeurs. Un taux trop élevé pour un pays qui compte à peine 3 millions d’habitants. «C’est impératif ! Il faut lutter contre le chômage des jeunes. La création de postes d’emploi permet de réduire l’ampleur de la pauvreté en Mauritanie», souligne la majorité des responsables politiques.
Outre la lutte contre le chômage, les Mauritaniens insistent également sur un aspect important : la réforme du système éducatif. Ils sont convaincus que sans une école prospère qui donne aux futurs élèves les outils qui les aideraient à distinguer le bon grain de l’ivraie, la société mauritanienne restera exposée à tous les dangers.Mais, pour le moment, les facteurs sociaux favorisant la montée de l’islamisme existent, et ils sont même bien entretenus dans le pays. Les signes ne trompent pas. Profitant de la faiblesse de l’Etat, les islamistes ont commencé à tisser leur toile au sein de la société. Ils ont même réussi à gagner la sympathie de dizaines de jeunes, dont une partie a même intégré des réseaux terroristes dans le pays. Certains d’entre eux ont été arrêtés, et ils n’ont été graciés que récemment.
El Watan
El Watan
Principales attaques terroristes
-Le 5 juin 2005, la base militaire de Lemghïty (nord-est de la Mauritanie) a été attaquée par un groupe terroriste. Bilan : 16 militaires tués.
-En 2007, l’armée mauritanienne est prise une nouvelle fois au dépourvu. Elle subit une attaque terroriste au niveau d’ Al Ghallaouiya. Bilan 4 morts.
-Durant la même année, le 24 décembre 2007, quatre touristes français ont été froidement assassinés.
-Dans la nuit du 1er février 2008, la plus grande boîte de nuit de Nouakchott (le VIP) et l’ambassade d’Israël mitoyenne ont été ciblés. Six individus ouvrent le feu sur les lieux, blessant une Française et deux Franco-Mauritaniens. L’attaque est revendiquée par Al Qaîda au Maghreb islamique.
-En septembre 2008, à Tourine, une patrouille de l’armée mauritanienne a été attaquée. 12 soldats mauritaniens ont trouvé la mort.
Des déserteurs d'Aqmi aux mains de l'armée mauritanienne
Carte d'Afrique délimitant le Sahel et situant le sanctuaire et la zone d'activité directe d'Al Qaïda dans la région (juillet 2010) |
BAMAKO — Une trentaine de jeunes mauritaniens membres d'Al-Qaïda au Sahel étaient aux mains de l'armée lundi, ont assuré des sources dans la région, alors que Nouakchott encourage les désertions dans les rangs de cette organisation responsable de rapts d'étrangers, dont cinq Français.
La fuite de ces jeunes combattants, depuis le début du mois, hors des camps dans le Sahara d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a été annoncée dimanche par des sources militaires et indépendantes, dans le nord du Mali et à Nouakchott.
"Les 28 sont toujours aux mains de l'armée et n'ont pas encore été transférés à la police pour enquête et décision à prendre à leur encontre", a assuré, lundi, une source sécuritaire à Nouakchott. Ils sont en route vers la Mauritanie, selon une source militaire mauritanienne dans le nord du Mali.
"Ils ont été endoctrinés", a expliqué par téléphone à l'AFP un officier mauritanien, sur le terrain. "On leur a mis dans la tête que mourir, c'est aller au paradis".
Début novembre, des sources militaires avaient déjà annoncé la désertion d'Aqmi de six Mauritaniens, des hommes "très jeunes" parmi lesquels figureraient des adolescents âgés de seulement 14 ans.
Le 2 novembre, un adolescent, Ahmed Ould Weiss, avait été présenté comme le premier jeune à avoir fui Aqmi. Il avait fait ensuite une déclaration à la télévision nationale, accusant cette organisation de "faire des choses contraires à l'Islam".
Ces désertions interviennent alors qu'Aqmi --qui détient cinq otages français enlevée à la mi-septembre au Niger-- a récemment lié ses exigences à celles d'Oussama ben Laden, le chef d'Al-Qaïda.
Le chef d'Aqmi, l'Algérien Abdelmalek Droukdel, a exigé notamment que Paris retire ses troupes d'Afghanistan, pour élargir ses prisonniers.
Pour contrer les agissements de cette organisation, le gouvernement mauritanien a promulgué en juin un loi qui offre aux extrémistes qui se rendent aux autorités "avant leur arrestation" des conditions spéciales pouvant aller jusqu'à leur mise en liberté sous contrôle.
Commentant les récentes désertions, un Malien impliqué par le passé dans plusieurs médiations pour la libération d'ôtages européens, a estimé que les jeunes gens rentrent chez eux "parce qu'ils constatent qu'ils ont été mis sur le mauvais chemin. Leur vie dans les camps, c'est le Coran, les corvées, l'entraînement militaire, la discipline, rien d'autre".
Un membre d'une ONG étrangère travaillant à la frontière entre Mali et Mauritanie va jusqu'à décrire la "technique de fuite" de ces jeunes: "certains feignent d'être malades ou même les mourants et sont abandonnés par Aqmi; d'autres fuient dès qu'ils s'éloignent des bases pour les corvées d'eau".
Pour susciter ces désertions, l'armée mauritanienne aurait infiltré ou fait infiltrer les camps d'Aqmi, selon des sources sécuritaires.
Et globalement, l'offensive lancée le 17 septembre par l'armée mauritanienne dans la région malienne de Tombouctou (900 km au nord-est de Bamako) aurait aussi changé la donne.
Pour le journaliste Mohamed Fall Ould Oumère, du quotidien La Tribune, "la présence militaire mauritanienne dans le nord du Mali et les patrouilles mixtes avec l'armée malienne ont perturbé le trafic, coupé les voies des échanges et rompu la 'normalité' qui s'offrait à Aqmi parmi les populations locales. Aqmi a dû céder, abandonnant les plus fragiles, et ses dirigeants s'en tiennent désormais à leur propre sécurité".
Serge DANIEL et Hademine OULD SADI
Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés.

mercredi 10 novembre 2010
Un membre d’Al-Qaïda remis en liberté après sa reddition
Un jeune Mauritanien, Izid Bih Ould Mohamed Mahmoud, dit Ahmed Ould Weiss, combattant d’une katiba d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui avait fait reddition mercredi, a été remis en liberté dimanche, a appris Xinhua de sources sécuritaires.
Le jeune Mauritanien s’était rendu mercredi dernier à la police, de Timbedra (plus de 700 km à l’est de Nouakchott), non loin de la frontière malienne, a été libéré par des services de sécurité après avoir constaté qu’il n’a jamais fait l’objet de mandat d’arrêt, indique-t-on de mêmes sources.
Ould Mohamed Mahmoud Izid Bih s’était engagé en 2008 engagé sur les rangs de la katiba Al-Ansar d’AQMI où il a été formé au maniement des armes et des explosifs, ainsi qu’aux autres techniques de la guérilla. Il était sous le commandement d’un malien, Abdel Karim Targui (le touareg).
Sa libération est conforme à la nouvelle loi mauritanienne sur le terrorisme, adoptée en juin, qui dispose que les terroriste qui annoncent leur reddition peuvent bénéficier d’une remise en liberté.
Selon les observateurs, la libération de Ould Izid Bih constitue une preuve du "sérieux de l’engagement des autorités mauritaniennes sur tous les fronts de la lutte contre le terrorisme", notamment à travers le dialogue et la réintégration des islamistes armés qui renoncent à la violence.
Xinhua
vendredi 5 novembre 2010
Un Mauritanien membre d’Al-Qaïda fait reddition
Un jeune Mauritanien combattant d’une katiba d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) s’ est rendu à la police d’une ville située près de la frontière du Mali, a-t-on indiqué de source policières.
Ce jeune mauritanien d’une trentaine d’années, actuellement interrogé par les services de sécurité mauritaniens, s’est rendu mercredi soir à la police de Timbedra, ville du sud-est de la Mauritanie située à plus de 700 km à l’est de Nouakchott, capitale mauritanienne.
Ould Mohamed Mahmoud Izid Bih est depuis 2008 engagé dans les rangs de la katiba AL-Ansar d’AQMI où il a été formé à l’art de maniement des armes et des explosifs, ainsi qu’aux autres techniques de la guérilla.
Izid Bih était sous le commandement d’un Malien, Abdel Karim Targui (le touareg).
Selon la police, les motivations de cette reddition sont " essentiellement d’ordre personnelles", car Izid Bih a déclaré, devant la police, "avoir été subitement eu la conviction de rompre avec la violence pour réintégrer la société comme citoyen normal et condamner toutes les formes de fanatisme et de recours aux armes".
Izid Bih a prétendu être malade pour arriver à se défaire de l’astreinte de rester, en permanence dans le camp de la katiba Al-Ansar dans le nord du Mali, inique-t-on de source policière.
La nouvelle loi mauritanienne sur le terrorisme, adoptée en juin, dispose des largesses en faveur des salafistes qui annoncent leur reddition pouvant aller jusqu’à leur remise en liberté.
Les autorités mauritaniennes ont, ces derniers temps, multiplié leurs efforts visant à convaincre la jeunesse "dévoyée" de renoncer à la violence et de quitter les camps de l’AQMI pour réintégrer la société.
Plusieurs forums, auxquels prennent par des sommités religieuses, ont appelé ces jeunes au repentir et à la condamnation de tout recours à la violence.
Les oulémas ont également incité les dirigeants mauritaniens à recourir au dialogue et au pardon pour lutter contre l’extrémisme et le terrorisme.
Xinhua
samedi 30 octobre 2010
Le forum consacré au terrorisme préconise le dialogue
Les participants au forum national consacré au terrorisme, tenu cette semaine à Nouakchott, ont vivement recommandé la continuité du dialogue avec les "extrémistes salafistes" et la réforme du système éducatif en Mauritanie pour "barrer la route au terrorisme".
Le forum, qui a réuni des oulémas (savants de la foi musulmane), des hommes politiques, des spécialistes de questions liées au terrorisme, a également recommandé une sorte de "pacte" national mauritanien pour contrecarrer toute activité d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
Les autres recommandations portent notamment sur la promotion de la justice sociale et la prise en compte des problèmes de la jeunesse, et souligne que l’ignorance et la pauvreté sont "des catalyseurs de l’extrémisme et du fanatisme qui conduisent la jeunesse à adhérer à des mouvements terroristes".
Les participants ont par ailleurs lancé un appel pressant afin que les autorités mauritaniennes procèdent à une réforme du système pour reprendre en compte l’enseignement des vrais préceptes e l’islam, notamment "la tolérance, le pardon et le pacifisme".
Même si les responsables du département de la défense entendent mettre en oeuvre "les moyens dynamiques" pour faire face au terrorisme, il n’en demeure pas, qu’ils n’excluent pas de " combattre les idées des extrémistes par des idées équilibrées et nationalistes", a affirmé devant la presse le responsable de ce ministère.
Xinhua
Un chef d'Aqmi prédit des "nuits noires" à la France de Sarkozy
Khadim Ould Semane a promis des "nuits noires" à la France.© AFP
Khadim Ould Semane, chef auto-proclamé d'Aqmi en Mauritanie, a menacé la "France de Sarkozy" au beau milieu de son procès.
La scène n’est pas inédite. Le 20 octobre, des menaces ont résonné dans la grande salle de la cour criminelle de Nouakchott. « Des nuits noires attendent la France de Sarkozy », a crié Khadim Ould Semane depuis la cage en bois qui, pour des questions de sécurité, remplace le box des accusés. En mai, les trois auteurs présumés du meurtre, en décembre 2007, de quatre touristes français étaient assis au même endroit. « Entre nous et Sarkozy de France, ce sera le glaive », avait promis l’un d’eux.
Avec dix-huit autres accusés, Khadim Ould Semane, 36 ans, qui se prétend le chef d’Aqmi en Mauritanie, a notamment comparu pour l’attentat contre l’ambassade d’Israël à Nouakchott, en février 2008, ainsi que pour le meurtre d’un policier, en avril de la même année. Il a été condamné à mort. Comme Sidi Ould Sidina et Maarouf Ould Haiba, qui écopent, eux, de leur seconde peine capitale (la première, pour laquelle ils ont fait appel, a été prononcée en mai).
Les accusés n’ont manifesté aucun repentir. Au contraire, Ould Semane a profité de ses apparitions publiques pour appeler à un changement de système politique en Mauritanie – qui, dit-il, est « sous la coupe des Occidentaux » –, et a promis des attentats contre des représentants de l’État. Le 17 octobre, jour de l’ouverture du procès, il a tenté de dérouler une banderole, mais les services de sécurité l’en ont empêché. « Je demande à la cour de prononcer ma mort et de me découper en morceaux, a-t-il clamé avant le verdict. Cela décuplera ma récompense dans l’au-delà. »
Fera-t-il des émules ? « Plus Ould Semane parle, plus il montre ses limites intellectuelles et plus sa condamnation paraît ac ceptable », estime Mohamed Fall Ould Oumère, rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Tribune. La peine de mort n’a pas été appliquée depuis 1987.
Marianne Meunier
jeudi 28 octobre 2010
La sécurité est le premier défi à relever pour la Mauritanie
"Nous avons le devoir d’assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens, ainsi que celle des étrangers séjournant sur notre territoire", a indiqué Hammady, qui s’adressait à la presse mercredi en marge d’un débat national consacrée à la menace terroriste en Mauritanie et dans la région du Sahel.
Cette sécurité, a-t-il rappelé, devra permettre de rassurer les investisseurs étrangers en créant le climat de confiance nécessaire pour les attirer.
Par rapport aux attaques de l’armée mauritaniennes contre les colonnes d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQM) en territoire malien, le ministre a expliqué que cette tragédie a pour objectif "de déporter le danger hors de nos frontières".
"Nous avons jugé que la défense statique n’est pas la meilleure pour faire face aux agressions terroristes et qu’il convient de mettre en avant la défense dynamique pour opérer des frappes contre les terroristes dans leurs bases de regroupement", a-t-il ajouté.
"Il n’y a pas de base militaires ou de troupes étrangère, notamment française sur notre territoire et nous n’avons aucune intention d’en permettre la présence. Nous comptons sur nos propres troupes pour assurer la défense de notre territoire", a souligné M. hammady.
"Toutefois, a-t-il ajouté, nous bénéficions de soutien et d’assistance technique de pays amis, mais cela ne veut pas dire qu’ il y a des troupes étrangères sur notre territoire.
En général, a conclu le ministre, la Mauritanie adopte une stratégie qui consiste à combattre les idées par les idées en prônant des idées équilibrées face aux extrémismes idéologiques.
Les travaux du débat national consacré au terrorisme et aux extrémismes, ouvert le 24 octobre, se poursuivent à Nouakchott avec la participation de penseurs, d’hommes politiques et de spécialistes des questions liées au terrorisme.
Selon le département de la défense, ce débat devra contribuer à jeter les bases d’une stratégie nationale concertée à adopter contre la menace de terrorismes et des extrémismes de tous genres.
Xinhua
lundi 25 octobre 2010
Ouverture en Mauritanie du Forum national sur le terrorisme
Président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz.
Watt Abdel Jelil / AFP
La Mauritanie a inauguré, dimanche 24 octobre 2010, son Forum national sur le terrorisme. Et dans son discours inaugural, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a exprimé sa détermination dans la lutte contre al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Il a aussi remercié son homologue malien Amadou Toumani Touré pour son aide. Le forum sur le terrorisme, va durer cinq jours et réunit des personnalités religieuses, des partis politiques, des membres de la société civile et du monde de la culture. Plusieurs partis de la Coalition de l'opposition démocratique (COD) ont décidé de le boycotter, mais son chef, Ahmed Ould Daddah, était présent à l'ouverture du forum aux côtés d'autres opposants.
En juillet et septembre 2010, l’armée mauritanienne a mené des raids au nord du Mali contre des bases d’al-Qaïda au Maghreb islamique. Des opérations préventives vouées à protéger le pays contre une nouvelle attaque sur son sol d’après le président Abdel Aziz qui a énuméré dans son discours la liste des 11 actes terroristes commis en Mauritanie depuis 2005.
« Mais la confrontation armée ne peut être l’unique réponse au terrorisme » a estimé le président. Selon lui, le phénomène doit faire l’objet d’une stratégie de lutte globale. Attaquer le mal à la source, c’est donc l’ambition de ces débats qui doit permettre d’identifier les causes de développement de l’extrémisme et de faire de la prévention auprès de la population. « J’exhorte tous nos citoyens à considérer cette situation dangereuse, a déclaré le président Abdel Aziz, et à savoir qu’ils sont visés dans leur croyance islamique tolérante, leur sécurité, leur vie et celle des générations à venir ».
Un appel qui s’adresse principalement à la jeunesse, première cible des recruteurs d’Aqmi. « Nous constatons, explique le ministre de la Communication Hamdi Ould Mahjoub, qu’une partie de notre jeunesse est victime de cette propagande et qu’elle est embarquée par des gens qui ne sont pas Mauritaniens et qui l’utilisent pour mener des actions en Mauritanie parfois comme kamikazes. Et nous estimons que nous devons faire un grand travail pédagogique. C’est pour cela que les débats vont avoir un côté religieux, un côté économique, un côté social parce que nous devons savoir quelles sont les raisons qui peuvent amener des jeunes Mauritaniens à se laisser embarquer dans ce genre de chose ».

« Mais la confrontation armée ne peut être l’unique réponse au terrorisme » a estimé le président. Selon lui, le phénomène doit faire l’objet d’une stratégie de lutte globale. Attaquer le mal à la source, c’est donc l’ambition de ces débats qui doit permettre d’identifier les causes de développement de l’extrémisme et de faire de la prévention auprès de la population. « J’exhorte tous nos citoyens à considérer cette situation dangereuse, a déclaré le président Abdel Aziz, et à savoir qu’ils sont visés dans leur croyance islamique tolérante, leur sécurité, leur vie et celle des générations à venir ».
Un appel qui s’adresse principalement à la jeunesse, première cible des recruteurs d’Aqmi. « Nous constatons, explique le ministre de la Communication Hamdi Ould Mahjoub, qu’une partie de notre jeunesse est victime de cette propagande et qu’elle est embarquée par des gens qui ne sont pas Mauritaniens et qui l’utilisent pour mener des actions en Mauritanie parfois comme kamikazes. Et nous estimons que nous devons faire un grand travail pédagogique. C’est pour cela que les débats vont avoir un côté religieux, un côté économique, un côté social parce que nous devons savoir quelles sont les raisons qui peuvent amener des jeunes Mauritaniens à se laisser embarquer dans ce genre de chose ».
dimanche 24 octobre 2010
Lutte contre Aqmi: la Mauritanie dit sa détermination, remercie le Mali
Mohamed Ould Abdel Aziz lors d'une conférence de presse, le 19 juillet 2009 à Nouakchott |
NOUAKCHOTT — Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a exprimé sa détermination dans la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et remercié son homologue malien Amadou Toumani Touré pour son aide, en ouvrant dimanche à Nouakchott un forum national sur le terrorisme.
"Nous avons récemment porté le champ des combats au niveau des repaires des assaillants terroristes (dans le nord du Mali) pour les empêcher de mener leurs agressions criminelles dans les zones habitées et permettre à nos populations de poursuivre leur oeuvre de developpement", a-t-il dit.
"Pour cela, nous avons reçu la cooperation du Mali, permettez-moi en conséquence d'exprimer au président Toumani Touré et au peuple malien frère nos sincères remerciements" a-t-il ajouté, affirmant toute sa détermination à "assurer la securité et la paix pour le pays, quel qu'en soit le prix".
La Mauritanie a mené en juillet et septembre des opérations militaires contre des bases d'Aqmi en territoire malien.
Le président Abdel Aziz a regretté que certains "activistes politiques" parmi ses opposants - qu'il n'a pas nommés - aient décidé de "donner crédit aux thèses des terroristes, croyant que cela pouvait contribuer à leur accession au pouvoir".
Il a également fustigé le comportement de "certains medias" locaux qui "ont donné écho à la propagande des ennemis, nous accusant de mener une guerre par procuration et parlant de défaite cuisante pour nos forces armées lors des derniers engagements".
"Toutes ces fausses rumeurs, toute cette propagande mensongère, ne feront que renforcer notre détermination à défendre notre pays et préserver son indépendance et sa souveraineté", a-t-il affirmé.
Il a énuméré toutes les opérations des groupes islamistes armés ayant visé son pays depuis 2005 pour justifier une lutte qu'il "est plus que jamais décidé à poursuivre contre les bandes de criminels".
Le forum sur le terrorisme, qui dure cinq jours, réunit des personnalités religieuses, des partis politiques, des membres de la société civile et du monde de la culture.
Plusieurs partis de la coalition de l'opposition démocratique (COD) ont décidé de le boycotter, mais son chef, Ahmed Ould Daddah, était présent à l'ouverture du forum aux côtés d'autres opposants.
Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés.

Aziz nuance sa guerre contre Aqmi
Pour éviter de se retrouver dans le viseur des djihadistes, mais aussi pour apaiser l’Algérie, le président présente ses opérations militaires au Mali comme de simples ripostes sécuritaires.
Pour Mohamed Ould Abdelaziz, il y a deux guerres. L’une entre Al-Qaïda et l’Occident, l’autre entre la Mauritanie et des bandes de délinquants. Trop coûteuse et risquée, la première n’est pas l’affaire du président « Aziz ». Légitime, à portée de Nouakchott, la seconde est la sienne.
Depuis que son armée a bénéficié d’un soutien militaire français pour attaquer un camp d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), au Mali, le 22 juillet dernier, le chef de l’État mauritanien assène ce message prudent et calibré. « Notre pays n’est pas en guerre ouverte avec Al-Qaïda, ni avec personne d’autre. Il s’agit plutôt d’une guerre contre des bandes criminelles armées se livrant au trafic de drogue et à des activités subversives », a-t-il expliqué sur la chaîne qatarie Al-Jazira, le 9 octobre. Le 5 août, à Nouakchott, il profitait déjà d’une émission télévisée pour préciser, face à des citoyens lambda : « Nous ne faisons pas la guerre à Al-Qaïda, il s’agit d’un terrorisme local. »
« Raids aventureux »
Lesdits adversaires semblent en tout cas coriaces. Lors de la dernière opération mauritanienne au Mali, près de Tombouctou, le 17 septembre, l’armée a enregistré des blessés et des pertes – 8 morts selon le bilan officiel, davantage selon des sources maliennes et burkinabè – et pilonné quelques cibles dans le désert, tuant deux civils. Cette intervention a valu à la Mauritanie un communiqué d’Aqmi accusant son armée d’être « à la solde des mécréants et des croisés qui tuent des innocents en Irak et en Afghanistan » et à Aziz d’être un « agent de la France ».
C’est précisément pour éviter cet amalgame lourd de conséquences que l’ex-général s’échine à vider son combat de toute idéologie et à le présenter comme une simple riposte sécuritaire. Au lieu d’annoncer un engagement militaire contre les terroristes, il cherche à circonscrire son action, expliquant que ses seuls ennemis sont les petites mains d’Aqmi qui, avant d’être des djihadistes, sont des trafiquants en tout genre cherchant à déstabiliser le pays pour faire prospérer leur business. Mais la partie est serrée. Dans la logique d’Aqmi, la République islamique de Mauritanie a trahi. En agissant avec le soutien militaire de la France, elle entre dans le camp occidental et renie l’islam.
C’est aussi pour répondre à une partie de l’opposition qu’Aziz précise le sens de sa guerre. « Ces raids en territoire malien sont aventureux, dit Mohamed Ould Maouloud, à la tête de l’Union des forces de progrès et qui occupe actuellement la présidence (tournante) de la Coordination de l’opposition démocratique. Nous allons nous attirer l’hostilité de la nébuleuse et nous n’y sommes pas préparés. » La sécurité nationale, un thème brûlant à Nouakchott, est sous la responsabilité directe du chef de l’État. Qu’elle soit menacée, et la légitimité de celui-ci s’en trouve fortement affaiblie.
Aziz veut aussi apaiser le voisin algérien, qui voit d’un mauvais œil son engagement. Estimant être le mieux placé pour lutter contre le terrorisme dans la région, Alger reproche à Nouakchott son alliance militaire avec la France. Surtout qu’elle s’est nouée quelques mois après la création, en avril dernier, d’un comité d’état-major opérationnel conjoint(avec le Niger et le Mali) basé à Tamanrasset, dans le Sud algérien.
Pourquoi Aziz prend-il autant de risques ? « La Mauritanie a été attaquée et elle réagit, l’explication suffit », tranche un diplomate occidental. Depuis bientôt deux ans, Aziz est aussi le meilleur allié de la France dans la région. Voyant en lui un rempart contre le terrorisme, Paris l’a rapidement soutenu après son coup d’État, en août 2008. « La France est notre mentor », ironise un ancien haut fonctionnaire. Depuis la fin de septembre, le « mentor » a mis entre parenthèses l’option militaire, cherchant cette fois à dialoguer avec les ravisseurs de ses ressortissants enlevés au Niger le 16 septembre. De la même manière, Aziz met une sourdine à sa guerre et opte pour une autre arme : la parole. Du 24 au 28 octobre, il organise un débat national à Nouakchott. Son thème : le terrorisme.
Marianne Meunier
jeudi 21 octobre 2010
Trois jihadistes condamnés à mort (cour criminelle)
Trois jihadistes mauritaniens, membres d'un groupe affilié à Al-Qaïda, ont été condamnés à mort mercredi par la Cour criminelle de Nouakchott, notamment pour leur participation à une fusillade au cours de laquelle un policier avait été tué à Nouakchott en 2008, a constaté l'AFP.
"Sont condamnés à mort Khadim Ould Semman, Sidi Ould Sidna et Maarouf Ould", a déclaré la Cour. Ces deux derniers ont déjà été condamnés à mort pour l'assassinat de quatre touristes français fin 2007 à Aleg (sud de la Mauritanie).
Khadim Ould Semman est le chef de l'organisation "Ansarou Allah" (sympathisants de Dieu), affiliée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
Huit prévenus ont été condamnés à des peines allant de deux à quinze ans de prison ferme.
Un seul a été acquité, l'unique étranger, un Tunisien parmi le groupe des 19 prévenus membres de "Ansarou Allah". Les autres, en fuite, font toujours l'objets de mandats d'arrêts internationaux.
Le parquet avait requis mardi la peine de mort pour sept prévenus jugés pour leur appartenance à "Ansarou Allah" et actes "terroristes", dont la mort d'un policier à Nouakchott en 2008 au cours d'une fusillade.
AFP
Un chef jihadiste mauritanien menace la France de "nuits noires"
NOUAKCHOTT — Le chef d'un groupe mauritanien affilié à Al-Qaïda, jugé avec 18 autres islamistes devant la Cour criminelle de Nouakchott pour "appartenance à une organisation terroriste", a menacé mercredi la France de "nuits noires" et de "liquidations physiques d'apostats" en Mauritanie.
"Je veux le leur promettre ici, des nuits noires attendent la France de (Nicolas) Sarkozy", a lancé à la Cour Khadim Ould Semman, chef de l'organisation "Ansarou Allah" (sympathisants de Dieu), affiliée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
Le procureur a requis mardi devant la Cour la peine capitale contre sept membres de cette organisation dont Ould Semman et deux autres en fuite, faisant l'objet de mandats d'arrêt internationaux.
Le verdict est attendu mercredi, selon des sources proches de la Cour.
Ould Semman a déclaré que lorsque les moujahidines prendront le pouvoir en Mauritanie, "les mécréants" parmi lesquels il a cité les Français, devront payer la dîme comme prévu par la charia (loi islamique).
Il a annoncé des "opérations de liquidation physique d'apostats et de mécréants" en Mauritanie.
S'adressant à la Cour avant son retrait pour délibération, il a affirmé: "je suis un moujahidine. J'ai voué ma vie à cette mission et je demande à la Cour de prononcer ma mort et de me découper en petits morceaux. Cela agrandira ma rétribution dans l'au-delà".
Le procureur avait également requis mardi 20 ans de prison ferme avec travaux forcés contre sept autres jihadistes présumés parmi le groupe de 19 accusés jugés pour leur appartenance à "Ansarou Allah" et actes "terroristes", dont la mort d'un policier à Nouakchott en 2008 au cours d'une fusillade.
Les avocats des accusés ont estimé que le réquisitoire était "très sévère et disproportionné", affirmant que "l'accusation n'a apporté aucune preuve matérielle", selon Me Fatimata MBaye, avocate de l'unique étranger du groupe, le Tunisien Abdel Karim Faraje.
Mme Mbaye et les autres avocats ont dénoncé des "mauvais traitements et tortures subis" par leurs clients pour "leur extorquer des aveux les incriminant". "J'ai souvent trouvé mon client ligoté, cela m'a choquée et j'en suis révoltée", a indiqué Mme MBaye.
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mercredi 29 septembre 2010
Une option militaire des plus risquée
© AFP
Mohamed Ould Abdel Aziz, le chef de la junte en Mauritanie.
La meilleure défense, c’est l’attaque”, dit-on au football. Le président de la Mauritanie, Ould Abdel Aziz, a-t-il fait sienne cette célèbre maxime, chère à certains entraîneurs pour qui le tout défensif ne peut garantir la victoire et, pis, laisse l’avantage à l’adversaire ? En s’attaquant aux combattants d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) dans leur fief, le président a voulu faire d’une pierre plusieurs coups. Il a cherché à montrer à ces “fous d’Allah” que la Mauritanie ne se laissera plus faire, qu’elle va anticiper leurs attaques, qu’elle a les moyens de les poursuivre là où ils se trouvent et que, désormais, la guerre est ou verte. Avec tous les risques que cela com porte pour le pays, placé sous les feux de la rampe et sur la liste noire des zones où il ne fait pas bon s’aventurer. Mauvais zrig [mélange de lait de chamelle, d’eau et de sucre que l’on boit dans le désert] pour le tourisme, et surtout pour l’investissement ! Mais notre président n’est pas du genre à s’embarrasser de ce genre de détails. Rien ne le fera renoncer à sa mission d’exterminer ceux qui osent attaquer notre pays, tuer nos soldats et se faire exploser devant nos casernes. Ce que le Mali ou le Niger ont peur de faire ou ce que l’Algérie a été incapable de contrôler, nos forces armées et de sécurité l’ont fait ou tentent de le faire…
C’est dans ce contexte qu’est intervenue la dernière attaque, qualifiée de préventive comme la précédente, d’une unité de l’armée mauritanienne contre une “katiba” d’Al-Qaida [un camp de combattants], non loin de la ville malienne de Tombouctou. Cela s’est passé le vendredi 17 septembre, en fin d’après-midi. Les combats, d’une rare violence, auraient duré toute la nuit et la matinée du lendemain. Bilan officiel : 12 tués dans les rangs d’AQMI et 6 côté mauritanien. Un bilan qui serait beaucoup plus lourd, selon une source sécuritaire algérienne qui, dès la matinée du samedi, évoquait au moins 15 morts parmi nos soldats. Mais d’où les Algériens tiennent-ils cette information ? D’Al-Qaida elle-même, que beaucoup affirment être largement infiltrée par la sécurité militaire algérienne ? Dans quel intérêt les Algériens gonflent-ils nos pertes ? Pourquoi ne nous prêtent-ils jamais main forte, alors que l’ennemi est déclaré “commun”, préférant cloîtrer leurs troupes à l’intérieur de frontières qui ne devraient pas les protéger des foudroyantes attaques terroristes, si l’on en croit les théoriciens de la guerre éclair ?
Donner des coups, c’est s’exposer à en recevoir. Dès lors, la stratégie mauritanienne de mouvement hors des limites du territoire national apparaît bien aventureuse et d’une témérité de mauvais aloi. Ne devrions-nous pas plutôt multiplier nos efforts pour assurer des contres décisifs, sitôt que l’ennemi franchit nos frontières et, donc, une meilleure surveillance de notre espace ? Sentant le pays plus que jamais dans l’œil du cyclone, l’opinion est divisée. Le sentiment d’insécurité gagne du terrain. Combiné aux incertitudes économiques quotidiennes, il entretient de dangereuses fissures dans la confiance envers le pouvoir en place et, surtout, dans notre hypothétique unité nationale.
C’est dans ce contexte qu’est intervenue la dernière attaque, qualifiée de préventive comme la précédente, d’une unité de l’armée mauritanienne contre une “katiba” d’Al-Qaida [un camp de combattants], non loin de la ville malienne de Tombouctou. Cela s’est passé le vendredi 17 septembre, en fin d’après-midi. Les combats, d’une rare violence, auraient duré toute la nuit et la matinée du lendemain. Bilan officiel : 12 tués dans les rangs d’AQMI et 6 côté mauritanien. Un bilan qui serait beaucoup plus lourd, selon une source sécuritaire algérienne qui, dès la matinée du samedi, évoquait au moins 15 morts parmi nos soldats. Mais d’où les Algériens tiennent-ils cette information ? D’Al-Qaida elle-même, que beaucoup affirment être largement infiltrée par la sécurité militaire algérienne ? Dans quel intérêt les Algériens gonflent-ils nos pertes ? Pourquoi ne nous prêtent-ils jamais main forte, alors que l’ennemi est déclaré “commun”, préférant cloîtrer leurs troupes à l’intérieur de frontières qui ne devraient pas les protéger des foudroyantes attaques terroristes, si l’on en croit les théoriciens de la guerre éclair ?
Donner des coups, c’est s’exposer à en recevoir. Dès lors, la stratégie mauritanienne de mouvement hors des limites du territoire national apparaît bien aventureuse et d’une témérité de mauvais aloi. Ne devrions-nous pas plutôt multiplier nos efforts pour assurer des contres décisifs, sitôt que l’ennemi franchit nos frontières et, donc, une meilleure surveillance de notre espace ? Sentant le pays plus que jamais dans l’œil du cyclone, l’opinion est divisée. Le sentiment d’insécurité gagne du terrain. Combiné aux incertitudes économiques quotidiennes, il entretient de dangereuses fissures dans la confiance envers le pouvoir en place et, surtout, dans notre hypothétique unité nationale.
Ahmed Ould Cheikh | Le Calame
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