mardi 15 septembre 2009

Abdelmalek Droukdal : l'artificier antifrançais

Est-il mort, comme les autorités algériennes l'ont annoncé à plusieurs reprises, la dernière fois en juin 2004 ? C'est peu probable. Aussi longtemps que des photos du cadavre d'Abdelmalek Droukdal n'auront pas été montrées, on pourra tenir pour infondées les rumeurs de son décès lors d'un affrontement avec les forces de sécurité algériennes. C'est en tout cas la position de Matthieu Guidère, enseignant à l'université de Genève et spécialiste d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Cet agrégé d'arabe consacre plusieurs pages au dirigeant de la "franchise" du mouvement d'Oussama Ben Laden au Maghreb, dans son ouvrage Al-Qaida à la conquête du Maghreb (éd. du Rocher, 2007).

Droukdal est né le 20 avril 1970 dans le village de Zayan, non loin de Blida, à une cinquantaine de kilomètres d'Alger. C'est un élève sans histoire, qui obtient son baccalauréat en 1989. Il s'oriente ensuite vers des études d'ingénieur à l'université de Blida. On est au début des années 1990. C'est le moment où le Front islamique de salut (FIS) se voit voler la victoire aux élections législatives par l'armée algérienne et entre en confrontation directe avec le pouvoir. Une guerre civile meurtrière va déchirer l'Algérie pendant dix ans. Comme beaucoup de ses compatriotes, Droukdal sympathise avec le FIS. Il intègre le mouvement en 1992, rejoint le maquis un an plus tard, et entre en clandestinité en 1993, dans les rangs des Groupes islamiques armés (GIA). Il a 23 ans.

On lui confie la mission de fabriquer des explosifs. Il devient "chef des ateliers de production militaire" d'un important bataillon. Petit à petit, il grimpe les échelons du mouvement, est nommé chef de section, puis de zone. Il rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) lors de sa création en 1998 par Hassan Hattab, et entre au "conseil des chefs" trois ans plus tard.

En 2003, Hattab est écarté de la direction du GSPC pour divergence de vues avec ses compagnons. Il est remplacé par Abou Ibrahim, alias Nabil Sahraoui. Un an plus tard, à l'été 2004, Abou Ibrahim est abattu par l'armée algérienne et Droukdal lui succède.

Il choisit un nom de guerre significatif de son engagement dans le djihad : Abou MoussabAbd Al-Wadoud, du nom du fameux chef d'Al-Qaida en Irak, Zarkaoui, tué près de Bagdad en 2006, et de celui d'un compagnon du prophète Mahomet.

Droukdal envoie des Algériens combattre en Irak - environ 200 - et porte la lutte en dehors de l'Algérie, sans cesser de combattre le régime en place à Alger. En juin et juillet 2005, il mène une opération militaire en Mauritanie. Six mois plus tard, il obtient la garantie d'Al-Qaida de pouvoir intégrer le mouvement d'Oussama Ben Laden sous certaines conditions. Il passe l'année suivante à réformer le GSPC. Le 11 septembre 2006, Ayman Al-Zawahiri annonce l'allégeance du GSPC. En janvier 2007, Ben Laden ordonne le changement de nom du GSPC. Celui-ci se transforme en Al-Qaida au pays du Maghreb islamique. Abou Moussab Abd Al-Wadoud, alias Droukdal, commence à signer ses communiqués du titre d'émir d'Al-Qaida au pays du Maghreb islamique, que la presse, par commodité, raccourcira en Al-Qaida au Maghreb islamique.

Florence Beaugé

Qui est Robert Bourgi?

Me Robert Bourgi, au micro de RTL.

Avocat, émissaire officieux de la Sarkozie en Afrique, supporter du nouveau président gabonais Ali Bongo et tombeur de Jean-Marie Bockel... Portrait de Me Robert Bourgi, entre Seine et palais africains.

C'est l'histoire d'un "musulman chiite" de 64 ans qui vénère le chablis, ne dédaigne pas le travers de porc et fit baptiser ses enfants dans la foi catholique. L'histoire d'un avocat au Barreau de Paris qui se vante de n'avoir enfilé qu'une seule fois la robe noire plissée -le jour de sa prestation de serment, en 1993- et n'a jamais plaidé, déléguant cette tâche ingrate à son épouse, Me Catherine Vittori. L'histoire d'un de ces "fils spirituels" de Jacques Foccart, qui se disputèrent à son chevet la dignité de légataire du marabout africain du gaullisme et de ses avatars; le plus tenace d'entre tous, sans doute, puisque lui refit surface quand les autres héritiers présomptifs sombraient ou changeaient de cap. L'histoire, enfin, d'un émissaire de l'ombre qui ne sut y rester, oublieux du précepte foccartien -"En Afrique, reste à l'abri du soleil: il brûle"-, d'un missi dominici qui doit moins son pouvoir à ses talents indéniables de bonimenteur qu'à l'influence qu'on lui prête, à tort ou à raison, entre bords de Seine et palais africains.

Robert Bourgi est en fait l'ultime porte-étendard d'un archaïsme post-colonial. Dans une France adulte, résolue à normaliser -au sens étymologique du terme- sa relation à l'Afrique subsaharienne, il officierait au mieux comme conseiller de quelque compagnie pétrolière ou émissaire à mi-temps de potentats isolés en mal d'éclaireurs. Dans celle de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant -le secrétaire général de l'Elysée-, le voici propulsé, bien au-delà d'un si trivial gagne-brioche, au rang de missi dominici redouté, voire de stratège.

"Maître Bob" fait d'ailleurs son miel de l'ignorance conjuguée des réalités du continent noir dont pâtissent "Sarko" et son omnipotent sherpa. Il les initie, quitte à forcer sur les stéréotypes culturels et l'exotisme de pacotille, à une Afrique peuplée de zombis, de sorciers, et de "2e bureaux" -les maîtresses des puissants. Quoi de plus aisé que de convaincre les néophytes qu'au détour du bois sacré, les liens personnels et les histoires de fesses importent plus que la logique d'Etat? Vision désuète, paternaliste, condescendante du "berceau de l'humanité", mais tellement séduisante pour des esprits supposés cartésiens.

Il y a d'ailleurs chez Robert Bourgi quelque chose de suranné. A commencer par son charme patelin de séducteur vieillissant, dont l'oeil frise à la vue d'une fringante jeunesse. L'homme ne manque certes ni d'entregent, ni d'humour, ni de cette indolence orientale qu'il pimente de jugements féroces. Il reçoit d'ordinaire dans le salon cossu du cabinet conjugal, au rez-de-chaussée d'un immeuble chic de l'avenue Pierre-1er-de-Serbie (Paris XVIe). Là, entre un buste de Napoléon et les photos dédicacées de grands de ce monde-, l'avocat distille aveux, fausses confidences, demi-vérités, et scoops minés.

On se souvient l'avoir entendu narrer, avec un prodigieux luxe de détails, la remise par un envoyé du président ivoirien Laurent Gbagbo d'une fortune en cash dans le bureau élyséen de Dominique de Villepin, l'ami qu'il lâcha en 2005 pour rallier le panache, plus prometteur, de Nicolas Sarkozy. De même, c'est lui qui, le 7 juin dernier,  offrit en exclusivité au site internet de l'hebdomadaire Le Point l'annonce du trépas, dans une clinique catalane, de son "papa" adoptif Omar Bongo Ondimba.

Natif de Dakar, Jaffar -son prénom musulman- Bourgi est le rejeton d'une fameuse dynastie libano-sénagalaise. Prospère négociant en textile, son père Mahmoud, venu des confins sud du pays du Cèdre en 1918, croise la route tortueuse de Foccart, avec qui il tisse des relations d'affaires sur fond de commune admiration pour "le Grand Charles". De la copieuse fratrie -13 enfants-, deux autres Bourgi émergeront. L'avocat Rasseck, mais aussi et surtout l'universitaire Albert, inlassable pourfendeur des turpitudes d'une Françafrique que son cadet incarne jusqu'à la caricature. Voilà d'ailleurs des années que les deux frangins ne se parlent plus.

Coopérant, "Bob", qui parle l'arabe et le wolof, enseigne la droit à Cotonou (Bénin), Nouakchott (Mauritanie) et Abidjan (Côte d'Ivoire), où il se lie avec un indocile prof d'Histoire nommé Gbagbo. Au rayon des missions officielles, rien, sinon, de 1986 à 1988, un poste de conseiller politique au cabinet de Michel Aurillac, ministre de la Coopération et futur fondateur du Club 89, fer de lance des réseaux néo-gaullistes dont "Bob" animera le chapitre africain. Ce qui lui valut d'ailleurs une cuisante mésaventure gabonaise.

En 1998, c'est en effet lui qui cornaque la désolante équipée d'une douzaine de magistrats et avocats, dont Georges Fenech, Francis Szpiner et Gilles-William Goldnadel, venus cautionner à Libreville, et aux frais de la présidence gabonaise, un scrutin plus que douteux. Dans la missive qu'il adresse le 28 novembre de cet année-là à l'émir Omar pour l'informer des préparatifs de la mission, Bourgi se réjouit d'avoir recruté des observateurs présumés sûrs. Modèle de piété filiale, le courrier se termine par ses mots: "Allez Papa, vous nous reviendrez à Paris en triomphateur des élections. Dieu vous garde! Votre fidèle et respectueux Robert." Lui revint au pays avec une mallette bourrée de billets, pactole destiné semble-t-il au Club précité. Pincé à son arrivée à Roissy, le messager persistait huit ans après les faits à nier, tout comme il s'évertuait à minimiser son rôle de GO.

Le messager l'admet pourtant: il n'a rien contre le liquide. C'est ainsi que plusieurs de ses clients -le Congolais Sassou Nguesso, l'Angolais Dos Santos, le Béninois Boni Yayi, le Centrafricain Bozizé- le rétribuent parfois. Mais qu'on se rassure: celui qui se prévaut d'avoir obtenu la tête de Jean-Marie Bockel "déclare tout au fisc". Ouf! 

Vincent Hugeux

Front commun contre al-Qaïda au Sahel

Les experts militaires algériens, mauritaniens, maliens et nigériens ont achevé, dimanche à Alger, une réunion au cours de laquelle ils ont élaboré un plan précis de lutte contre la criminalité et contre les islamistes armées.

(Carte : RFI)

« Nous venons juste de boucler les détails d’un plan technique qui permettra à nos armées de travailler ensemble pour lutter contre le terrorisme et le criminalité dans le Sahel », a déclaré un responsable militaire à Bamako. Le mois dernier, les chefs d'Etat-major des armées du Mali, du Niger, la Mauritanie, et de l'Algérie s’étaient déjà retrouvés pour évoquer cette question.

Les Etats sahéliens ont été, depuis plusieurs mois, le théâtre d’actions attribuées à des groupes armés qui se réclament du réseau al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Dans cette zone sont également présents des groupes criminels qui y pratiquent du trafic et de la contrebande de toute sorte.

Une opération d'envergure imminente

Secret défense oblige, la date du début de ce que certains appellent déjà « une opération d’envergure » n’a pas été rendue publique. En revanche, on sait que de très gros moyens seront dégagés. Sur le terrain, à côté des troupes, on verra notamment des avions de combat, nécessaires pour gagner toute guerre dans le Sahel.

Le Mali, le Niger et la Mauritanie ont des frontières communes avec l’Algérie – puissance militaire régionale. Mais ces Etats ont tous les mêmes ennemis : les criminels qui écument cette vaste zone sahélo-saharienne et aussi  al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Dans le passé, les islamistes armés ont enlevé ou fait enlever des otages européens au Niger. Ils ont, en août dernier, fait des victimes dans les rangs de l’armée malienne et récemment, le 8 août dernier, un jeune Mauritanien s’est fait exploser en actionnant une ceinture d’explosifs devant l’ambassade de France à Nouakchott.

Coopération militaire renforcée

Mêmes ennemis donc même détermination et pour prendre en tenaille les islamistes d’al-Qaïda, les troupes de quatre pays travailleront main dans la main. Il y aura des échanges d’informations et des patrouilles mixtes coordonnées. Ensuite – et pour la première fois - les quatre armées auront un même territoire. Les soldats maliens pourront combattre sur le sol algérien, ou, par exemple, les Mauritaniens pourront se retrouver en plein désert nigérien.    

RFI     

Itinéraire d'un kamikaze

Jeune Afrique | Marianne Meunier
Moussa Ould Beina Ould Zeidane, le premier kamikaze de MauritanieMoussa Ould Beina Ould Zeidane, le premier kamikaze de Mauritanie© DR

Haratine d’extraction modeste, l’auteur de l’attentat-suicide du 8 août contre l’ambassade de France était un jeune homme rangé et sans histoires. Comme bien souvent...

Un jeune homme sans histoires. Travailleur, responsable, respectueux de ses parents. Il est d’ailleurs revenu dans la maison familiale après une absence de neuf mois pour y passer les deux dernières nuits de sa vie. Ultime refuge dans l’innocence de la jeunesse avant le fatidique 8 août 2009 ? Ce samedi-là (dernier jour de week-end en Mauritanie), le crépuscule n’a pas encore enveloppé Nouakchott quand Moussa Ould Beina Ould Zeidane, 24 ans, actionne la ceinture d’explosifs qu’il porte sur lui. En plein centre de la capitale, à deux pas de l’ambassade de France, un « repaire de croisés », comme le dira, dix jours plus tard, un communiqué revendiquant l’attaque, signé Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Chômage et pauvreté

Auteur du premier attentat-suicide en Mauritanie, Moussa voulait mourir en « martyr », comme un serviteur zélé d’Allah. Au passage, il a blessé deux gendarmes français – dont un sérieusement, au tympan – et une passante mauritanienne. « Cette opération est venue en réaction à l’hostilité des croisés – emmenés par la France – et de leurs agents apostats », explique le même communiqué.

Un mois après l’attaque, la télévision publique s’emploie à démystifier le destin du jeune terroriste, convoquant sur ses plateaux des oulémas, des gradés et des intellectuels venus expliquer comment prémunir la jeunesse de l’islamisme radical. Quant au film de sa vie, que le journaliste mauritanien Mohamed Ould Khattat a reconstitué dans le quotidien Nouakchott Info, il fait apparaître un itinéraire banal, où le djihadisme est moins une vocation qu’un hasard croisé sur le chemin du vide et de l’ennui.

Moussa Ould Beina Ould Zeidane est né le 12 décembre 1984, dans la soirée. Sa tante l’aurait bien baptisé Maaouiya, en l’honneur de ce colonel moustachu dénommé Maaouiya Ould Taya qui a renversé le président Ould Haidallah le matin même et qui sera lui-même déposé vingt et un ans plus tard. Deuxième d’une famille de huit enfants, entre un père ex-boulanger reconverti en gardien de parking et une mère couturière occasionnelle, le petit Moussa grandit dans la pauvreté, à l’instar de la grande majorité des Haratines – descendants d’esclaves et arabophones. Alors Moussa, qui rate son bac à deux reprises, travaille beaucoup : tous les matins, il quitte au petit jour la maison familiale dans le quartier populaire de Basra, à Nouakchott, pour se poster au carrefour de la Polyclinique, une place de Nouakchott où les artisans – peintres, menuisiers – se réunissent pour proposer leurs services. En 2008, il tente en vain de rentrer dans le corps de la gendarmerie. 

Questions sans réponse

Son parcours est semé d’échecs scolaires, mais il ne comporte ni larcins ni mauvais coups. Moussa n’est pas connu des services de police. Quant à sa pratique de l’islam, elle est normale, pas plus zélée que celle de sa famille. Il n’est pas réputé fréquenter une madrasa, lieu potentiel de recrutement de futurs djihadistes. Alors, comme toujours, la même question revient : comment un jeune homme tranquille de 24 ans bascule-t-il dans la violence terroriste sans que personne, même son plus proche entourage, s’en aperçoive ? En novembre 2008, Moussa quitte la maison de Basra. Il ne donnera plus aucune nouvelle à sa famille. A-t-il rejoint un « camp d’entraînement terroriste » – une appellation pompeuse pour désigner des campements mobiles et rudimentaires –, dans ce no man’s land à cheval entre le Sud algérien et le Nord malien ? Une photo diffusée par AQMI le laisse supposer. Reste à savoir comment et où s’est opéré le recrutement. À Nouakchott ? Dans la rue ? Dans une mosquée ? Moussa se rendait-il vraiment au carrefour de la Polyclinique, comme il le prétendait ? Mais si le jeune homme a pu être endoctriné à coups de vidéos, cela n’a pas pour autant dissipé sa peur. Selon un témoin de l’attentat, il tremblait avant de se faire exploser…

Mauritanie: le groupe de contact demande "une aide financière conséquente"


NOUAKCHOTT — Le groupe de contact international sur la Mauritanie a appelé la communauté internationale à accorder à ce pays "une aide financière et économique conséquente", près de deux mois après l'élection du général Mohamed Ould Abdel Aziz, selon un communiqué parvenu vendredi à l'AFP.

Le groupe, réuni jeudi à Nouakchott, "a souligné la nécessité d'une aide financière et économique conséquente pour consolider les progrès accomplis" et lancé "un appel à tous les partenaires bilatéraux et multilatéraux de la Mauritanie pour qu'ils lui apportent l'assistance requise".

"La réunion a encouragé l'UA (Union africaine) à consulter les partenaires concernés de la Mauritanie pour examiner avec eux la possibilité de la tenue d'une rencontre destinée à mobiliser un appui plus important" pour Nouakchott.

Cette rencontre "pourrait avoir lieu au cours du premier semestre de l'année 2010".

Le groupe de contact sur la Mauritanie comprend plusieurs organisations internationales dont l'UA, l'Union européenne et des représentants des membres permanents du conseil de sécurité.

Il a lancé cet appel près de deux mois après la présidentielle du 18 juillet remportée par le général Aziz, l'ex-chef de la junte qui avait renversé un an auparavant le premier président démocratiquement élu de la Mauritanie, Cheikh Sidi Ould Abdallahi.

Le groupe s'est "félicité des mesures prises en vue de la mise en oeuvre de l'Accord" de Dakar du 4 juin ayant permis une sortie de crise en Mauritanie, notamment le retour à l'ordre constitutionnel et la tenue de l'élection présidentielle en juillet.

Il a rencontré le président élu Mohamed Ould Abdel Aziz et des délégations des autres signataires de l'accord, et enregistré "avec satisfaction" l'engagement de toutes les parties pour un "dialogue politique national inclusif".

L'opposition mauritanienne continue de réclamer une enquête sur la présidentielle du 18 juillet qui a été selon elle entachée de "fraudes massives".

Mauritanie : ramadan béni pour Abdelaziz

Jeune Afrique | Marianne Meunier
Une épicierie dans le quartier d'El-Mina, à NouakchottUne épicierie dans le quartier d'El-Mina, à Nouakchott© DR

Un mois après son élection, le chef de l’État est en roue libre ; l’opposition a perdu de sa combativité, le climat politique est apaisé et les baisses des prix qu’il a imposées à l’occasion du mois du jeûne renforcent un peu plus sa popularité.

Pour Mohamed Ould Abdelaziz, le ramadan est béni à plus d’un titre. En quête de légitimité au lendemain de son putsch du 6 août 2008, l’ex-­général avait profité de ce mois d’explosion de la consommation alimentaire pour imposer une baisse importante des prix du sucre, du riz, de l’huile, des pâtes. Un petit geste à l’endroit des plus démunis qui n’a pas été étranger aux aimables surnoms dont l’ont ensuite gratifié les Mauritaniens : le « Chávez de la Mauritanie », le « président des pauvres », ou encore le « Guide ».

Un an et une victoire électorale plus tard – à l’issue de la présidentielle du 18 juillet dernier –, « Aziz » entame son mandat en renouvelant l’expérience. Depuis le 21 août, les foyers peuvent s’approvisionner en produits de première nécessité à des prix défiant toute concurrence (les baisses vont jusqu’à 45 %) dans plus de six cents échoppes réparties sur tout le territoire. Celui qui a toujours juré que le sort des moins bien lotis était sa seule préoccupation montre ainsi qu’il tient ses promesses de campagne… soignant au passage sa cote de popularité.

Mais hormis l’opération « spécial ramadan », rares sont les mesures économiques concrètes, aux résultats immédiats, depuis l’investiture du chef de l’État, le 5 août. Après quasiment un an de cam pagne électorale (entre le putsch du 6 août 2008 et la présidentielle du 18 juillet 2009), Aziz a levé le pied. La Mauritanie ne vit plus au rythme des inaugurations, des poses de premières pierres et des visites du « raïs » dans les quartiers populaires. Torpeur du ramadan oblige, bien sûr. Il faut aussi du temps au nouveau gouvernement, nommé le 11 août, pour prendre ses marques. Mais, surtout, Aziz, élu, n’est plus en compétition. « Il est plus serein », observe un journaliste. 

Une certaine lassitude

Et pour cause. Son aiguillon, l’opposition, s’est quasi dissous. Pendant un an, le Front national pour la défense de la démocratie (FNDD), hostile au coup d’État et favorable au retour dans ses fonctions du président déchu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, s’est opposé à l’installation au pouvoir d’Aziz et à l’organisation d’une élection considérée comme une mascarade pour légitimer un putschiste. Un antagonisme qui a exacerbé les positions des deux camps et stimulé l’action politique. Mais, depuis le 18 juillet, les colères d’un Ahmed Ould Daddah, chef statutaire de l’opposition et leader du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), ou d’un Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale et figure de proue des « anti-Aziz », se sont tues. Tous deux candidats à la présidentielle, ils ont bien contesté, avec d’autres concurrents défaits (notamment l’ancien chef de l’État Ely Ould Mohamed Vall), les résultats qui donnaient Aziz gagnant au premier tour, avec 52,47 % des voix. Le 28 juillet, ils ont exigé la mise sur pied d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur les nombreuses irrégularités du scrutin. Mais un mois plus tard, ladite commission n’a toujours pas vu le jour, et ceux qui l’ont appelée de leurs vœux ne montent plus au créneau pour la réclamer. Pas plus qu’ils n’organisent de manifestations, comme ils ont pourtant su le faire pendant un an. Leur contestation, Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir l’ont pour la dernière fois exprimée par défaut, en boycottant, le 5 août, l’investiture de leur bête noire.

Une certaine lassitude a probablement gagné ces deux opposants, qui, déjà dans les années 1990, s’insurgeaient contre le régime de Maaouiya Ould Taya (au pouvoir de 1984 à 2005). « Il faut peut-être une trêve et accepter de composer, de cohabiter sous une forme ou sous une autre », se résignait Messaoud Ould Boulkheir, quatre jours après le scrutin. Et d’invoquer la stabilité du pays et l’impératif de non-violence pour justifier sa réflexion. Autre explication : une fois le combat contre Aziz perdu, le couple Ould Daddah - Ould Boulkheir, qui a toujours connu des relations orageuses, n’est plus lié par un ennemi commun ; les intérêts personnels reprennent le dessus. En tant que président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, 66 ans, pourra jouer un rôle dans l’hémicycle à compter de la rentrée parlementaire. Du même âge, Ahmed Ould Daddah avait quant à lui annoncé avant le vote qu’il prendrait sa retraite en cas de défaite.

Mais après un an de guerre politique, les Mauritaniens n’ont plus l’habitude des climats apaisés. D’autant qu’Aziz avait donné des accents belliqueux à sa campagne, promettant de nettoyer le pays des prévaricateurs en tout genre qui le dépècent depuis des décennies. Mais aucune chasse aux sorcières n’a commencé. « On s’attendait à un début en rupture, et c’est un début en douceur », s’étonne, un rien déçu, un partisan de l’ex-général. Si l’on excepte la présence d’une femme aux Affaires étrangères (Naha Mint Mouknass), le gouvernement, à la tête duquel le Premier ministre de la junte, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, a été reconduit, est généralement jugé terne et non politique. Peu de nominations ont eu lieu dans les administrations, sinon à la tête de la Société nationale d’importation et d’exportation (Sonimex) et de la Commission centrale des marchés. Quant à son cabinet, Aziz ne l’a pas encore constitué, gardant auprès de lui les hommes qui l’entouraient avant l’élection. 

Lutte contre le terrorisme

Dans l’attente d’un dégel de l’aide extérieure – de l’Union européenne et de la Banque mondiale notamment –, suspendue pour cause de coup d’État, l’équipe au pouvoir n’a pas encore les coudées franches pour lancer les travaux promis sur tous les fronts : santé, éducation, infrastructures, éradication de la corruption… Pourtant, les dossiers urgents ne manquent pas, comme la lutte contre le terrorisme : le 8 août, un kamikaze mauritanien s’est fait exploser devant l’ambassade de France, en plein Nouakchott. Seule victime de l’attentat, il a fait naître la peur dans un pays jusqu’alors épargné par le phénomène incontrôlable des attaques-suicides. Depuis, les contrôles des forces de sécurité ont été renforcés dans la capitale, de jour comme de nuit. Une façon pour le pouvoir de montrer qu’il maîtrise la situation. Indispensable s’il veut se maintenir en place, car c’est notamment la combinaison du terrorisme et de l’immobilisme du gouvernement qui avait coûté sa place à Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Quinze mois après son élection.

Venezuela: Chavez veut construire une raffinerie en Mauritanie

Le président du Venezuela Hugo Chavez au festival du cinéma de Venise le 7 septembre 2009

CARACAS — Le président du Venezuela Hugo Chavez a annoncé lundi soir qu'il voulait construire une raffinerie en Mauritanie, pour distribuer du pétrole dans ce pays africain, mais aussi au Mali et au Niger voisins.

"Nous allons construire une raffinerie en Mauritanie pour raffiner tout ce qu'ils produisent et si l'on ne trouve pas assez de pétrole là-bas, pour apporter du pétrole du Venezuela", a déclaré le dirigeant du premier exportateur de brut latino-américain.

"La Mauritanie produit 18.000 barils par jour et une multinationale les raffine je ne sais où (...) Nous allons distribuer du pétrole par cet axe: Mauritanie, Mali, Niger (...) Certains pays sont alliés du Venezuela ou en train de se rapprocher de l'alliance bolivarienne (Alba)", a-t-il ajouté.

Il fait référence au bloc économique antilibéral créé en Amérique latine par Caracas et La Havane.

M. Chavez est de retour d'une tournée à l'étranger, au cours de laquelle il a notamment participé à un sommet de l'Union africaine (UA) en Libye et il doit accueillir à la fin du mois le 2e sommet Afrique-Amérique du Sud.

Le Venezuela, qui produit trois millions de brut par jour selon des chiffres officiels contestés, figure parmi les pays possédant les plus grandes réserves d'hydrocarbures. Il fournit déjà du brut à des tarifs privilégiés à 17 pays d'Amérique centrale et des Caraïbes depuis 2005.