jeudi 8 avril 2010

Une tentative d’enlèvement échoue à Nouakchott

Un Libanais et une Franco- libanaise ont échappé mercredi aux environs de 22H00 heure locale et GMT à une tentative d’enlèvement non loin de l’ambassade de France à Nouakchott, selon des témoins oculaires.

Deux hommes enturbannés et armés ont tenté de forcer les deux personnes d’embarquer dans une voiture, ce qu’ils ont échoué à faire, racontent les témoins à un correspondant de Xinhua à Nouakchott.

Les deux assaillants ont disparu dans la nature, après avoir tiré deux à trois coup de feu sans effet.

Les patrouilles de police auparavant déployées dans les parages ont encerclé les lieux pour tenter de mettre la main sur les agresseurs, dont aucune trace n’a encore p être retrouvée, ont affirmé à Xinhua des sources proches de la police.

Tous les accès menant vers la mission diplomatiques française sont actuellement bouclés, a-t-on constaté.

Xinhua

mercredi 7 avril 2010

Crise alimentaire au Sahel: environ 860.000 enfants affectés, selon L'Unicef

DAKAR — Environ 860.000 enfants de moins de cinq ans dans les pays du Sahel "pourraient avoir besoin de traitement contre la malnutrition aiguë sévère dans des centres thérapeutiques" en raison de la crise alimentaire frappant cette région pauvre de l'Afrique, a indiqué mardi l'Unicef.
"Nous estimons que plus de 859.000 enfants de moins de cinq ans pourraient avoir besoin de traitement contre la malnutrition aiguë sévère dans des centres thérapeutiques", indique le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) dans un communiqué transmis à l'AFP.
"Au Niger, qui devrait faire face au fardeau le plus lourd, ce sont 378.000 enfants qui pourraient avoir besoin de soins", selon le texte.
Après le Niger, le Nigeria serait le pays le plus touché, essentiellement dans le nord (212.000), suivi du Burkina-Faso (144.000), Mali (83.000), Tchad (33.500) et Mauritanie (8.900).
"L'impact de l'insécurité alimentaire sur les enfants âgés de six mois à cinq ans s'observe déjà au Niger et au Tchad où des milliers de foyers n'ont déjà plus de stocks de vivres", souligne l'Unicef.
"Une augmentation du nombre des admissions dans les centres thérapeutiques est attendue. La malnutrition rend les enfants particulièrement sensibles aux maladies et infections", rappelle l'agence de l'ONU.
"On sait avec certitude que des dizaines de milliers de familles vivant dans la partie ouest du Sahel sont en situation d'extrême détresse à cause de la crise alimentaire qui frappe la région", selon le communiqué.
"Cette année, la traditionnelle saison de soudure (entre deux saisons de récolte) est différente. Elle a commencé plus tôt et sera plus longue et plus sévère que d'habitude".
"L'aggravation de l'insécurité alimentaire va augmenter de façon marquée le nombre d'enfants sévèrement malnutris, par rapport aux années +normales+", selon l'Unicef.
Toutefois, "on ne peut pas prédire avec certitude le nombre d'enfants qui vont souffrir de malnutrition aiguë cette année. Les estimations sont basées sur des résultats d'enquêtes qui donnent une image à un moment précis. La situation peut évoluer", relève l'Unicef.
"Par exemple, si la réponse humanitaire à la crise se fait à temps et de façon adaptée, avec un bon accès aux zones les plus vulnérables, le nombre d'enfants réclamant ces soins thérapeutiques diminuera et le nombre de cas sera moins important", selon l'Unicef.
Le 31 mars, Oxfam avait appelé à des "réponses urgentes" face à la menace d'une "grave crise alimentaire" dans le Sahel, et particulièrement au Niger, qui pourrait toucher "près de dix millions de personnes" lors des prochains mois.
"Depuis plusieurs mois, les signes annonciateurs d'une crise alimentaire au Sahel se multiplient. Le pays le plus touché est le Niger, mais des régions au Tchad, au Mali, au Burkina Faso et au Nigeria sont également affectées", affirmait l'ONG dans un communiqué.

Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés

Les étudiants négro-mauritaniens ligués contre la langue arabe

Nouvelles manifestations dans la capitale de la Mauritanie, Nouakchott

Des centaines d’étudiants négro-mauritaniens se sont regroupés une nouvelle fois sur le campus de l’université de Nouakchott mardi pour exprimer leur indignation contre ce qu’ils appellent « l’arabisation complète » de la Mauritanie. Un sit-in qui fait suite à plusieurs manifestations provoquées par les discours du premier ministre et de la ministre de la culture lors de la journée de promotion de la langue arabe le 1er mars dernier.

ALICIA KOCH

Le climat était tendu mardi sur le campus de l’université de Nouakchott. Sous haute surveillance policière, des étudiants négro-mauritaniens étaient venus, une fois encore, crier leur ressentiment envers les propos du premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf et de la ministre de la culture Cissé Mint Boide, émis lors de la journée de la promotion de la langue arabe le 1er mars.

Des propos sans appel, prônant la primauté de la langue arabe dans des domaines aussi variés que la télévision, l’enseignement ou l’administration, reléguant le français et les dialectes nationaux comme le poular, le wolof et le soninké au rang de simples langues vernaculaires. « Tout est arabisé ! », clame Yacouba Diakité, secrétaire général du Syndicat National des Etudiants Mauritaniens (SNEM), à propos des émissions de télévision mauritaniennes, dans un article de Carrefour de la République Islamique de Mauritanie. Il s’insurge contre les propos des deux ministres qu’il qualifie de « calamités » discriminatoires ne prenant pas en compte la diversité culturelle, ethnique et linguistique du pays.

"Ould Laghdaf, excuse-toi !"

Cette dernière manifestation fait suite à un premier mouvement de contestation ayant eu lieu le mercredi 24 mars. Majoritairement représentés par les membres du SNEM et des clubs bilingues de l’université de Nouakchott, les manifestants ont battu le macadam en scandant une double revendication : obtenir des excuses de la part du premier ministre qui, en imposant la langue arabe comme instrument d’échange et de travail dans l’administration, a engendré un sentiment d’oppression culturelle chez les négro-mauritaniens. Et, la démission de la ministre de la culture et de la jeunesse qui est, selon Ndiaye Kane Sarr, porte parole du mouvement, incapable de représenter le multiculturalisme d’un pays comme la Mauritanie. « Les langues nationales font obstacles à l’émergence de la langue arabe », s’exprime-t-elle : ces propos ont choqué.

La manifestation s’est très vite placée sous le signe de la violence avec une première bagarre éclatant entre étudiants négro-mauritaniens et étudiants arabes venus scander des « oui à l’arabisation ! ». Violences qui ont conduit à l’arrestation d’étudiants en marge de la manifestation par les forces de l’ordre. Le nombre de ces étudiants varie selon nos sources, allant de 4 selon Atlas Vista et huit selon RFI. Ils ont été libérés 24h plus tard sans être inquiétés.

Un pays multiculturel

Ces évènements multiples ont suscité de vives réactions chez le premier ministre, bien décidé à justifier ses propos dans une interview accordée à trois journalistes de la presse privée publié sur le site de l’Union des forces de progrès. Une remise en contexte est selon lui nécessaire à la bonne interprétation de son discours, puisque celui-ci a été tenu le jour où 22 pays commémoraient la journée de la langue arabe, suite à une décision de la Ligue arabe dont la Mauritanie est membre depuis 1973. Le ministre affirme qu’il était donc normal de la porter sur un piédestal en ce jour, mais nie avoir dénigré les autres langues nationales faisant, selon lui, partie intégrante du pays. Pays qu’il décrit comme possédant des racines à la fois africaines et arabes.

Symbole d’un profond malaise, cette question identitaire est apparue dans le paysage mauritanien dés 1966, année pendant laquelle les élèves noirs de Nouakchott se mobilisèrent pour supprimer la mesure rendant obligatoire la langue arabe dans l’enseignement du second degré. Une problématique latente qui constitue depuis près d’un demi-siècle un frein culturel pour la minorité négro-mauritanienne, originaire de la région du bassin du fleuve Sénégal.


Crédit photo : Alassane X, contributeur France24

AFRIK.COM

13 morts dans le naufrage d'une pirogue entre Mauritanie et Sénégal

Treize personnes mauritaniennes sont mortes noyées, mardi, dans le fleuve Sénégal, quand une pirogue transportant du bois a chaviré, près de la ville de Bababé (sud), selon un nouveau bilan diffusé mercredi par l'Agence mauritanienne d'information.

Le précédent bilan communiqué mardi soir par des sources administratives mauritaniennes était de quatre morts et onze disparus.

"Treize personnes - dont un enfant - ont trouvé la mort suite à cette catastrophe" sur le fleuve, frontière naturelle entre la Mauritanie et le Sénégal, rapporte l'agence AMI (officielle).

L'accident concerne une pirogue qui assurait la liaison entre les deux parties de la localité de Sénoboussobé, située de part et d'autre du fleuve.

L'âge des victimes n'a pas été précisé par l'AMI.

Selon un notable du village de Sénéboussobé, Abdoulaye Dia, les victimes sont treize jeunes filles mauritaniennes "qui cherchaient du bois de chauffe, côté sénégalais".

"C'est un travail que ces filles ont l'habitude de faire presque quotidiennement. Seulement le piroguier n'était pas transporteur de profession et selon ses déclarations, un petit vent a soufflé, faisant tanguer l'embarcation qui a chaviré", a expliqué M. Dia.

"Les 13 filles ont été inhumées mercredi au petit matin dans leur village (de Sénéboussobé) encore sous le choc de ce drame", a-t-il ajouté.

"Deux personnes ont été sauvées" sur les 15 passagers de l'embarcation, selon l'AMI. Le piroguier figure parmi les rescapés.

© 2010 AFP & TV 5 MONDE

Nouakchott à la loupe

Marianne Meunier

Nouakchott est un carrefour pour migrants, marchandises, capitaux et idées.Nouakchott est un carrefour pour migrants, marchandises, capitaux et idées.© Couverture du livre des éditions Karthala.

Un livre consacré à la géographie de la capitale mauritanienne vient de sortir à Paris.

C’est l’histoire d’une ville en plein désert. Créée ex nihilo pour devenir la capitale d’un État qui n’existait pas encore, elle a grossi plus vite que prévu, souvent au mépris des plans des urbanistes. Plus de cinquante ans après sa naissance, le bourg est devenu un carrefour peuplé de quelque 800 000 habitants. Y convergent migrants (parfois clandestins), étrangers, marchandises (illégales aussi), capitaux et idées.

La ville s’appelle Nouakchott, la capitale mauritanienne. Avec son regard de géographe, l’enseignante-chercheuse Armelle Choplin, 31 ans, consacre un ouvrage, Nouakchott, au carrefour de la Mauritanie et du monde, à l’étrange cité, « haïe autant qu’aimée », qui s’étale à perte de vue entre mer et dunes, fascinant tous les visiteurs.


Nouakchott, au carrefour de la Muaritanie et du monde,
Armelle Choplin, éd. Karthala.

« Comprendre comment se construit désormais la ville-capitale d’un pays pauvre dans un contexte néolibéral mondialisé » : l’objet de l’ouvrage peut sembler aussi aride que le désert qui borde Nouakchott. Il n’en est rien. Accessible au profane, cette analyse vivante de l’évolution spatiale de la capitale (notamment d’un quartier comme Tevragh-Zeina, où, avec les perspectives pétrolières, sont apparues des villas cossues et toutes identiques) en dit long sur la vie politique, l’histoire et les changements culturels du pays en cinquante ans d’indépendance.






vendredi 2 avril 2010

Remaniement ministériel et création d’un nouveau ministère des Affaires africaines

Un remaniement ministériel, marqué par la création d’un ministère chargé des Affaires africaines et des changements aux départements des Finances, du Pétrole et de la Communication, est intervenu mercredi soir en Mauritanie, a-t-on appris de source officielle.

Le poste de ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée des Affaires Africaines a été confié à Mme Coumba Bâ, précédemment ministre de l’Emploi et de la Fonction publique, indique un communiqué officiel.

Elle est remplacée par M. Mohamed Ould Khouna qui devient ministre de l’Emploi, de la Formation professionnelle et des Technologies Nouvelles.

Par ailleurs, Me Abdine Ould Khaire, ancien avocat du barreau de Nouakchott et ancien membre de la commission nationale électorale Indépendante (CENI) durant la première transition ( 2005-2007), a été nommé ministre de la Justice en remplacement M. Baha Ould Ameida.

M. Ahmed Ould Moulay Ahmed , auparavant ministre de l’Energie et du Pétrole, devient ministre des Finances en remplacement de M. Kane Ousmane .

Il est remplacé par M. Wane Ibrahima, précédemment directeur au sein du département de l’Energie et du Pétrole. Enfin, Me Hamdi Ould Mahjoub devient ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement. Ancien bâtonnier de l’ordre national des avocats et ancien maire de Nouadhibou, il été vice-président de la Commission Electorale Nationale Indépendant durant l’élection de 2009.

Xinhua

La Situation politique et sécuritaire au Nord : Enquêtes sur le terrorisme sahelo-saharien : Au cœur de l’empire salafiste

En 1996 et 1997, la guerre contre le FIS fait rage en Algérie. Elle provoque « l’hégire » des jihadistes par le Sud du pays. Or le « Sud de l’Algérie, c’est le Nord du Mali et l’Ouest d’un second. » La boutade du président malien correspond à la « Zone 9 » du GSPC qui va du Sud Algérien aux Nord du Niger, de la Mauritanie et du Mali. Indésirable à Alger, la « première colonne » des Islamistes étrenne le Tanezrouft, le Tamesna, l’Adrar et l’Akla, ces vastes régions de sable et d’ergs entre le Mali, le Niger, la Mauritanie et l’Algérie, où le jour est un four, la nuit un congélateur et l’eau un trésor. D’ailleurs, seuls y vivent quelques ménages nomades côtoyant, selon les saisons, les groupes caravaniers et de téméraires contrebandiers de cigarettes.

Cap sur un no man’s land

Les contreforts de l’Adrar et les dunes de l’Akla sont aussi imprenables que Tora-Bora sur lesquels les hôtes jettent leur dévolu. On les rencontre peu mais le téléphone arabe marche. Les villes de Tombouctou, Kidal et Gao s’animent des récits grossis ou fidèles
« d’Algériens barbus qui s’installent de plus en plus ». Un caravanier berabiche se souvient : « les gens de ma tribu, rencontreront quelques fois Belmokhtar, un commerçant de véhicules 4x4 ». Retenons ce nom, on entendra de plus en plus! Un ancien humanitaire de la Région de Gao assure également « avoir entendu parler, en avril 1997, d’une escarmouche entre un convoi d’islamistes algériens et une patrouille de la garnison de Tarkint », un poste sécuritaire entre Gao et Kidal.

L’accrochage ayant fait un mort du côté des salafistes, ceux-ci évitent, dès lors, le voisinage des garnisons militaires. Ce qui n’est pas la mer à boire : le désert saharien est vaste et le deal est bon pour tout le monde. L’armée d’abord : elle ne peut pas surestimer sa force de frappe, au sortir de la rébellion du Nord en 1995. Les barbus ensuite : ils ne sont pas là pour faire mal à leurs hôtes, leur « problème c’est le pouvoir algérien ». « En 2001, on peut les voir en nombre vers Inkalil », site malien faisant frontière avec l’Algérie, selon un notable de Kidal qui poursuit : « ils sont, à l’époque, décrits comme « ceux qui ont été privés de leur victoire électorale en Algérie ». Ces barbus, d’ailleurs, sont « des gens sympas » commente le caravanier arabe : « ils font leurs prières, vous saluent cordialement quand ils vous rencontrent. Et ils ont horreur d’exploiter ». Il n’est pas le seul à le penser : « quand ces gens vous achètent une chamelle, vous avez de l’argent pour plusieurs mois. Rien à voir avec les prix abaissants des marchés locaux », trouvent à dire plusieurs ressortissants de Tombouctou et Kidal.

Les otages allemands font des petits

Les hôtes marquent un point : leur réputation de musulmans honnêtes et charitables les précède. Un enfant dans le campement a t-il une rage de dents ? Les salafistes se portent à son secours. Peut-être un ou deux cachets de paracétamol, mais c’est un élixir rare dans ces bleds perdus qui n’ont jamais reçu la visite d’un médecin. Tout ce qu’ils peuvent faire pour rassurer et conquérir la population, ils le font. A partir de 2003, leur présence dans le Sahara non algérien devient un secret de polichinelle. Cette année-là,
Abderrazak el Para est à la « une » de tous les médias. Il garde au Nord-Mali des otages parmi les trente-deux touristes enlevés quelques mois plus tôt en Tunisie. Quatorze d’entre eux, - neuf Allemands, quatre Suisses, un Néerlandais- seront libérés le 18 août de la même année. Contre paiement d’une forte rançon ? Probable. Bonn dément, mais les médias allemands avancent le montant de 4 millions et demi d’Euros. Cinq millions d’Euros, affirme dans ses auditions, El Para pris en filature par la CIA et arrêté au Tchad le 16 mars 2004 avant d’être remis à Alger.

L’entremise de deux négociateurs maliens pour sauver la vie des otages et servir de relais entre la nébuleuse terroriste et les gouvernements du Mali et ceux des pays concernés par les kidnappings, se révèle précieuse. Il s’agit d’Iyad Ag Ali, ancien chef rebelle touareg et de Baba Ould Choueickh, un commerçant pour qui le désert n’aurait pas de secret. Efficaces et discrets, ils seront sollicités dans toutes les négociations ultérieures concernant les otages. Pour les méchantes langues jalouses de leurs succès, ils font plus partie du problème salafiste que de sa solution. Allusion à leurs cachets que personne n’a vus mais qui « font des enlèvements un marché juteux et pas que pour les émirs salafistes », entend-on souvent dans le milieu. De là à penser que les négociateurs font tout pour ne pas « chômer »…

En tout cas, la glorieuse épopée des « touristes allemands » n’est pas restée sans enseignements pour le GSPC. Celui-ci, on le sait par les services algériens, tire la langue et est minée par des querelles intestines. Belmokhtar saisit l’opportunité puisqu’ il revendique, en mars 2008, la détention de deux touristes autrichiens enlevés eux aussi en Tunisie et libérés en avril 2009 Sûrement pas sur des considérations humanitaires. Mais Aqmi n’est pas une nébuleuse pour rien : il lui faut rester flou dans son organisation et dans ses activités. Elle n’annonce jamais avoir perçu de rançons. Et ceux qui sont soupçonnés de les avoir payées démentent toujours, la main sur le cœur. Reste qu’aux Autrichiens, succèdent les Canadiens, les Suisses, le Français Camatte, et depuis peu deux Espagnols et un couple italien. On ne fait pas cela juste pour s’amuser ! Surtout que la logistique des enlèvements ne peut pas être simple. Ils se font toujours très loin de la base de repli des terroristes, assurent des observateurs avertis dont ce fonctionnaire à la retraite qui a traîné longtemps sa bosse dans les trois régions nord du Mali.

Une internationale de la rançon ?

L’industrie du rapt, commente t-il, commence par le renseignement sur la présence d’occidentaux dans le périmètre des opérations. Exemple : « il y a des touristes à telle distance et à telle position ». La révolution du GPS permet désormais de le savoir au millimètre près et celle du téléphone « Thuraya » d’en informer à temps réel qui de droit. Entrent alors en scène, les gros bras, enturbannés ou cagoulés, armés jusqu’aux dents, précis et rapides. Selon le journaliste catalan Alex Recolons qui accompagne en décembre dernier la caravane humanitaire entre Nouhadibou et Nouakchott et qui vient de boucler un séjour d’un mois à Bamako attendant la libération de ses compatriotes aux mains d’Aqmi, l’enlèvement des trois Espagnols a duré « quelques petites minutes pas plus ».

Le temps pour un membre du convoi de « s’apercevoir que la voiture manquante ne répond plus au système Radio qui reliait toutes les voitures de la caravane et de retourner immédiatement sur ses pas la chercher et trouver la voiture de Marquez en plein milieu de la route, toutes portières ouvertes et sans ses trois occupants ». Ceux qui enlèvent sont-ils ceux qui vendent directement à Al Qaeda ? « Sans doute non, les bases salafistes ne sont pas ouvertes à n’importe qui », affirme l’ancien fonctionnaire. C’est aussi l’avis des « services ». Mais encore une fois, une nébuleuse, c’est pour ne pas voir clair. Par contre, pour les communautés nomades, il existe une mercuriale du rapt. Le prix d’achat d’un otage dépendrait de sa nationalité. Les Américains et les Britanniques, c’est bien idéologiquement de les détenir mais peu rémunérateur de les enlever. Leurs pays ne les rachetant jamais, Belmokhtar ou Abuzeid les achètent pour des « miettes ».

Les plus rentables seraient les Allemands, les Suisses, les Autrichiens. Malheureusement pour les acteurs de cette nouvelle traite, ces nationalités sont aujourd’hui une espèce en voie d’extinction sur la « route du sel » ou des festivals dunaires. Les ambassades occidentales déconseillent formellement le tourisme dans ces régions dangereuses.
Isolez donc leurs intermédiaires, revendeurs ou informateurs, en somme leurs hommes de main, et vous isolez Aqmi ! C’est à cette stratégie que travaillent les forces de sécurité de la Région. C’est ainsi qu’arrêté le 22 décembre, le Malien Abderrahman Ould Meddou est présenté au juge à Nouakchott pour « avoir coordonné l’enlèvement » du couple italien Cicala, deux jours plus tôt. Il aurait reconnu, selon la presse locale corroborée par des sources mauritaniennes proches du dossier, avoir reçu un paiement de dix millions cfa par Aqmi. Son contrat avec la nébuleuse : suivre « la cible et informer ». Même chose pour « Oumar Sahraoui », un des présumés cerveaux de l’enlèvement des otages espagnols, deux semaines avant celui des Italiens : il a été présenté mi-mars à la justice mauritanienne avec six autres suspects. Côté malien où ce genre d’informations est généralement confidentiel, les « services » le 3 février dernier du redoutable criminel Ould Acheibany pour homicides volontaires et divers actes crapuleux dont, possiblement, la complicité dans l’enlèvement d’otages.

Divergences entre Etats

L’ancien GSPC devenu Aqmi en 2007 frappe où il peut. Il est particulièrement intraitable sur la Mauritanie où il signe plusieurs attaques dont celle de Tourine le 14 septembre 2008 avec son effroyable bilan de onze militaires et d’un civil tous égorgés. Mais depuis, Nouakchott est monté en puissance. En fin 2009, de sources sécuritaires, vingt-cinq terroristes présumés sont en détention dans les prisons mauritaniennes. Beaucoup d’entre eux sont présentés devant les caméras. Pas du menu fretin : il y a par exemple Abou Jendal le chef de l’une des huit cellules jihadistes mauritaniennes commandées par Belmokhtar. L’homme est arrêté avec six de ses acolytes.

L’attaque de Tourine « c’est lui ». Mais six éléments de son commando sont en cavale dont le négro mauritanien Cheick Ba et Beib Ould Nafa, le salafiste dont la libération par la justice malienne le 18 février dernier heurte Nouakchott au plus haut point. « Bamako a refusé de l’extrader ». De son côté, Bamako réfute : « les Mauritaniens ne sont même jamais venu voir le suspect, à fortiori demander son extradition. Par contre, ils ont obtenu que leur soient remis, le 19 février 2008 quatre suspects tous arrêtés dans le quartier résidentiel de Faladié à Bamako en 2007». S’il dit avoir bon dos, le pays d’ATT se fâche d’être traité de ventre mou de la lutte contre le terrorisme. « Voilà un problème qui nous vient d’ailleurs et dont nous nous serions volontiers passés », rappelle souvent ATT sur la défensive.

Pourtant, pour parler du dernier casus belli entre le Mali et ses voisins algérien et mauritanien, un diplomate dans la capitale malienne commente : « Bamako ne convainc pas en tentant de dissocier la libération des quatre salafistes de l’affaire Camatte ». « Depuis 2005 nous avons arrêté une trentaine de terroristes présumés », se défend le Mali. En avril 2002 en effet, de source militaire, un accrochage a lieu entre Aqmi et l’armée malienne. Et en 2006, avec l’appui américain, et sous les applaudissements d’Alger, les forces de sécurité malienne traquent Belmokhtar. Celui-ci devra son salut à la chance et l’embuscade à laquelle il échappe tue plusieurs de ses hommes. En 2009, au moins deux affrontements au bilan élevé de part et d’autre ont lieu entre Aqmi et l’armée malienne, rappelle Bamako.

Selon un analyste, le problème est que ses voisins ne veulent pas réaliser le fait que seul le Mali a à surveiller près de cinq mille kilomètres de frontière. Car c’est bien cela la longueur totale des frontières de ce pays avec l’Algérie, (1373 km), la Mauritanie (2237 km) et le Niger (821 km). En comparaison, entre « l’Algérie qui est l’épicentre salafiste et la Mauritanie il n’y a que 463 km ». Soit ! Mais comment expliquer que les jihadistes n’aient pas pu s’installer au Niger qui partage tout de même 962 km avec l’Algérie? Il est vrai, poursuit l’analyste, que le Niger de Tandja a souvent croisé le fer avec eux mais en vérité, ceux-ci « ne s’installent que là où il y a une communauté arabe forte et de bonnes cachettes ». Pour lui, seul le Mali réunit ces conditions. Quid de l’hypothèse d’un pacte tacite de non agression entre Aqmi et son hôte malien ? Et des rumeurs que les services d’intelligence des pays occidentaux convaincus de sa mauvaise foi ne veulent pas coopérer avec leur homologue malien ? « Faux et archifaux. La coopération, à ce niveau, ne fait pas défaut.

Avec le Ghana, nous sommes le seul pays ouest-africain à avoir reçu la visite du Directeur de la CIA, le Général Michael Hayden venu, le 18 janvier 2008 féliciter ATT des efforts maliens dans le cadre de la lutte anti terroriste ». Il est vrai, c’était en 2008. En 2010, le narcotrafic mené à une échelle sans précédent complique les enjeux de l’espace sahélo-saharien. ATT sait que son pays n’a plus droit à l’erreur qui, le 5 mars dernier, a dévoilé la nouvelle stratégie malienne d’éradication du terrorisme et du narcotrafic devant le Conseil supérieur de la Défense. Le plan à plusieurs volets se veut radical : éviter que le Mali soit au « narco-terrorisme » ce que Médine fut à l’Islam. Dix jours plus tard, à Alger, les ministres des pays riverains de cet espace -sans le Maroc- allaient renouveler leur détermination à enrayer la tumeur Aqmi. Reste à voir si celle-ci n’a pas métastasé.

Adam Thiam