lundi 19 octobre 2009

Bonne gouvernance : bilan mi-figue, mi-raisin en Afrique du Nord

Pour la première fois depuis sa création, en 2006, l’index africain de la fondation du milliardaire Mo Ibrahim couvre les cinq pays du Maghreb et l’Égypte.

Mo Ibrahim, 63 ans, est un milliardaire britannique d’origine soudanaise. Le dernier palmarès du magazine américain Forbes le classe au 334e rang (sur 793) des fortunes mondiales avec 2 milliards de dollars. Cet ingénieur électricien, qui s’est illustré dans les télécommunications dans les années 1990, a cédé ses diverses sociétés pour couler une retraite dorée à Londres, tout en se consacrant à une bonne cause : la promotion de la bonne gouvernance sur le continent. Lancée en 2006, sa fondation* distingue chaque année un leader africain à qui elle remet un prix de 5 millions de dollars (le nom du prochain sera connu le 19 octobre). Elle dresse également un classement des pays africains selon la qualité de leur gouvernance politique et économique (Ibrahim Index of African Governance). Ce palmarès, qui a commencé en 2007, ne couvrait au départ que les pays africains subsahariens. Le palmarès 2009, publié le 4 octobre au Cap (Afrique du Sud), porte cette fois sur les 53 pays africains, dont les six pays d’Afrique du Nord : Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie.

Très novateur, l’indice composite de bonne gouvernance englobe 84 critères élaborés par une équipe de chercheurs indépendants sous la direction d’Hania Farhan, avec la collaboration de plusieurs experts africains et étrangers. Les quatre principaux critères (État de droit, droits de l’homme, bilan économique, développement humain) étant pondérés de la même façon (25 % chacun), les Nord-Africains s’en sortent plutôt bien. La Tunisie est 8e, l’Égypte 11e, l’Algérie 14e et le Maroc 16e, avec des notes supérieures à 50 sur 100. La Tunisie fait même mieux selon le seul critère économique (2e). En matière de développement humain (éducation, santé et revenus), cinq pays nord-africains font partie du top 10 : la Tunisie (2e), la Libye (3e), l’Algérie (6e), l’Égypte (7e) et le Maroc (8e).

Mais dès qu’on se réfère aux sous-critères – la sécurité des biens ou la liberté des personnes, la vie politique intérieure ou les droits de l’homme –, ces pays basculent dans la seconde moitié du tableau. La Mauritanie pointe au 22e rang, devant l’Algérie (31e), l’Égypte (34e), la Tunisie (35e), le Maroc (40e) et la Libye (50e). Les choses empirent, selon l’index, s’agissant des élections ou de la liberté de la presse. Les pouvoirs concernés peuvent ignorer ce classement, voire le dénigrer. Il n’a certes pas de valeur scientifique et ne tient pas compte des progrès les plus récents (les données sont celles de 2007 ou 2008). Mais il a le mérite de dépasser les seuls critères de « compétitivité » chers au Forum de Davos.

Jeune Afrique | Samir Gharbi

samedi 17 octobre 2009

Des présumés salafistes en attente de jugement

Ils se disent oubliés et demandent à être jugés le plus rapidement possible. Ce sont des présumés salafistes détenus en Mauritanie depuis plus d'un an et demi, et qui attendent toujours leur procès. Ils sont une cinquantaine, et la plupart ont été arrêtés après l'assassinat des quatre touristes français à Noël 2007 dans le pays.

Façade de la prison centrale de Nouaktchott en Mauritanie.( Photo: lemauritanien.com )

Façade de la prison centrale de Nouaktchott en Mauritanie. ( Photo: lemauritanien.com )

Les présumés salafistes détenus dans la prison centrale de Nouakchott commencent à trouver le temps long. Si certains ont revendiqué leur crime, au nom de l'islam, comme les assassins présumés de quatre touristes français, d'autres assurent être arrêtés à tort ou pour délit de parenté. Maître Fatimata M'baye, une de leurs avocates, dénonce une détention arbitraire :

« Franchement c’est un dossier qui nous dépasse, nous pensons tout simplement que c’est un dossier qui n’est pas géré par le ministère de la Justice. Sinon, comment expliquer que, depuis plus d’un an et demi que ces personnes restent en prison, elles ne soient pas jugées, leurs dossiers pas renvoyés et elles ne soient pas libérées. Nous n'y comprenons rien. Aucune famille ne demande de liberté provisoire pour ses enfants ; elles demandent simplement qu’ils soient jugés afin que l’on sache ce qu’on leur reproche, ce qu’ils ont commis. »

Du côté des autorités judiciaires on rejette la faute sur les avocats en affirmant que ce sont eux qui retardent l'organisation d'un procès, notamment par leurs demandes répétées de mise en liberté provisoire.

Certains des djihadistes présumés sont cités dans plusieurs dossiers ce qui complique aussi les procédures explique-t-on au Palais de justice. Enfin, il ne faut pas oublier que la durée maximale de détention préventive en matière de terrorisme est de trois ans en Mauritanie.

On assure cependant de source judiciaire que ces affaires pourraient être jugées fin novembre, ou début décembre.

vendredi 16 octobre 2009

L'ambiguïté française face aux régressions démocratiques sur le continent africain

Le chef de la junte militaire, le capitaine Moussa Dadis Camara.AFP/SEYLLOU
Le chef de la junte militaire, le capitaine Moussa Dadis Camara.

La réorganisation des acteurs de la politique africaine française ne serait qu'anecdotique si elle ne survenait en plein reflux de la démocratie dans plusieurs pays francophones. Reflux vis-à-vis duquel Paris aura souvent entretenu une certaine ambiguïté.

De Madagascar à la Mauritanie, du Niger à la Guinée, le temps des putschs militaires ou constitutionnels est en effet revenu, avec l'aide et la bénédiction du colonel Kadhafi, président de l'Union africaine. "On assiste, ces dernières années, à une terrible régression démocratique en Afrique et à la disparition de dirigeants africains charismatiques", observe Alioune Tine, président de l'organisation non gouvernementale Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), basée à Dakar.

Après les protestations d'usage, la France a ainsi, peu ou prou, pris acte de ces violations des règles internationales, sous couvert de défendre ses intérêts économiques (uranium du Niger), une position stratégique (Madagascar) ou de lutter contre le terrorisme (Mauritanie).

"Pas de problème"

A la mi-septembre, le député UMP Patrick Balkany, autre émissaire officieux de l'Elysée, considérait que la candidature à la présidentielle du capitaine Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir en Guinée, ne "posait pas de problème", rapporte La Lettre du Continent. Ce proche de M. Sarkozy a ainsi contredit la position du Quai d'Orsay, une semaine avant la terrible répression, à Conakry, d'une manifestation pacifique d'opposants.

En juin, le même Patrick Balkany brouillait le message diplomatique français en s'affichant, en Mauritanie, au côté de Mohammed OuldAbdel Aziz, lors d'un de ses meetings électoraux. Malgré le boycottage de l'opposition mauritanienne, le général putschiste faisait alors campagne pour une élection présidentielle tronquée dont la communauté internationale demandait le report.

En plein vacillement des leaderships africains, le continent aurait pourtant besoin de repères clairs. Et la France de partenaires fiables. "On cherche à s'appuyer de plus en plus sur des dirigeants africains, conclut un haut diplomate français. Mais beaucoup ne s'assument pas."Comme en atteste l'absence de condamnation forte formulée par les dirigeants d'Afrique de l'Ouest après la tuerie de Conakry, le 28 septembre.

Philippe Bernard et Christophe Châtelot

jeudi 15 octobre 2009

Lutte antisida en Mauritanie : un intermédiaire indélicat ?


Lutte antisida en Mauritanie : un intermédiaire indélicat ?

Le Fonds mondial de lutte contre le VIH dénonce des « dépenses inéligibles et frauduleuses ». Et suspend le versement de ses subventions.

Les 14 000 Mauritaniens malades du sida souffriront en silence. Le 9 septembre, le Fonds mondial de lutte contre le sida a annoncé qu’il ne verserait pas les 11 millions de dollars de subventions promis au pays. Il a aussi exigé de son intermédiaire à Nouakchott, le Secrétariat exécutif national de lutte contre le sida (SENLS), qui perçoit les allocations et les redistribue aux institutions locales, le remboursement d’une partie des sommes déjà reçues, soit 1,7 million de dollars (sur un total de 6,1 millions). Sommaire, l’explication fournie par le Fonds mondial invite à conclure à une sombre affaire de détournement : « des dépenses inéligibles et frauduleuses ont été constatées », indique-t-il.

Mais si elle jette le discrédit sur la Mauritanie, l’affaire n’a pas été étouffée. Depuis un mois, la presse locale en a fait ses choux gras. Pour l’hebdomadaire Le Calame, le scandale éclate « au mauvais moment, celui de la grande disette financière ». L’Inspection générale d’État (IGE), sorte de gendarme anticorruption, a ouvert une enquête. Quant au secrétaire exécutif chargé de la lutte contre le sida, le docteur Abdallah Ould Horma, gastro-entérologue formé à Paris et ancien praticien à l’hôpital de Nouakchott, il a été arrêté chez lui, dans la soirée du 2 octobre, par la police chargée des crimes économiques.

Deux versions de l’affaire s’affrontent. Ould Horma, sentant le vent tourner, aurait démissionné du SENLS à la mi-août pour devenir coordinateur de l’Onusida en Centrafrique… et se mettre à l’abri. Et s’il est revenu à Nouakchott cinq jours avant son arrestation, c’est qu’il n’avait pas le choix. Contactée par J.A., son épouse, Mariam Mint Haba, affirme que c’est en 2008 qu’il s’est porté candidat à ce poste, parce que « cela l’intéressait » et qu’il est rentré spontanément pour collaborer avec les autorités.

Cette affaire est-elle l’occasion de montrer à la communauté internationale qu’en Mauritanie les dollars ne s’envolent pas en toute impunité ? À l’heure où Nouakchott renoue avec les bailleurs de fonds, après une suspension de l’aide consécutive au putsch de 2008, cela n’est pas exclu. Mais, pour le moment, aucune preuve n’a filtré de l’enquête. Reste que la confusion est totale. En mars 2008, lors d’une réunion annuelle organisée à Madagascar par la Banque mondiale et l’Onusida, la Mauritanie a décroché la médaille de la meilleure performance en matière de lutte contre le VIH-sida…

Jeune Afrique

mercredi 14 octobre 2009

Libération de 6 membres présumés d’al-Qaïda

Six des sept présumés combattants islamistes d'al-Qaïda, maliens et mauritaniens, arrêtés fin septembre 2009 par l'armée mauritanienne près de la frontière malienne ont été libérés. Nouakchott avait affirmé avoir mis la main sur les membres d'al-Qaïda au Maghreb. Desaccusations qu'avaient aussitôt démenties leurs proches à Bamako.

(Carte : M. Gilles-Garcia/RFI)

(Carte : M. Gilles-Garcia/RFI)

D’après nos informations deux ressortissants de Tombouctou et quatre Mauritaniens, dont un a également la nationalité malienne, ont été libérés. Une fois libres, les Maliens du groupe ont affirmé d’avoir été bien traités.

L’un d’eux a donné plus de détails : ainsi pendant leur détention, il y a eu plusieurs interrogatoires, des confrontations dirigées par des enquêteurs mauritaniens. Parmi les questions posées, deux récurrentes : 1- Avait-on à faire à des éléments al-Qaïda au Maghreb islamique ? 2- Avait-on à faire à un circuit de ravitaillement d’armes pour les combattants islamistes ?

Leur ligne de défense est restée la même : ils ont affirmé être des civils et qu’ils allaient dépanner un véhicule en plein désert entre la frontière malienne et mauritanienne. Il faut dire que la zone où tous ont été arrêtés c'est un véritable No man’s land. C’est la route de plusieurs trafics et ce qui les rendu encore plus suspects c’est que l’un d’entre eux avait une arme de protection, ce qui est fréquent dans le Sahara.

RFI

mardi 13 octobre 2009

Lutte anti-sida: deux Mauritaniens écroués pour détournement de fonds


NOUAKCHOTT — Deux responsables d'un projet national de lutte contre le sida en Mauritanie financé par la Banque Mondiale (BM), ont été écroués, pour détournements de fonds et corruption, a-t-on appris mardi de source judiciaire.

"Le coordinateur du projet et sa directrice exécutive ont été placés sous mandat de dépôt, pour détournement de fonds publics, falsification de documents bancaires et corruption" notamment, a affirmé cette source sous couvert de l'anonymat.

Selon la même source, deux autres responsables du projet, le directeur financier et le comptable, sont en fuite et font l'objet de mandats d'arrêt internationaux.

Ce projet avait été présenté comme exemplaire, l'an dernier, par la BM elle-même, qui vantait le "travail acharné" du coordonnateur national.

"Le projet MAP-SIDA de la Banque mondiale en Mauritanie a décroché la médaille de la meilleure performance sur le continent africain en 2008" lors de la réunion annuelle BM-ONUSIDA, peut-on encore lire sur le site internet de l'institution internationale.

La source judiciaire n'a pas précisé le montant des détournements en question. Mais certains médias, citant des sources de la Banque mondiale, ont évoqué une somme de plus d'1,7 million de dollars.

Quasiment toute la Mauritanie infestée par les criquets


NOUAKCHOTT — Quasiment toutes les régions de Mauritanie sont infestées par des criquets, à tous les stades d'évolution, dont certaines populations sont en phase de regroupement, a annoncé mardi le centre national de lutte antiacridienne (CNLA) à Nouakchott.

"Des populations acridiennes sont dispersées sur presque l'ensemble du pays. Ces populations sont en début de regroupement notamment aux environs de Nouakchott et au Trarza" (région du sud-ouest comprenant Nouakchott), affirme cette structure étatique spécialisée dans la lutte contre le criquet pélerin.

Les densités varient, suivant les régions, de quelques individus dispersés à 1.900 insectes voraces par hectare, souligne le CNLA, dans un communiqué publié sur son site internet.

La situation écologique demeure favorable au développement des criquets, la pluviométrie ayant dépassé les normales saisonnières dans toutes les régions durant cet hivernage.

Selon les responsables du centre de lutte, des équipes de traitements ont été déployées dans toutes les zones infestées, notamment dans le nord de ce vaste pays ouest-africain, aux trois quarts désertique.